Visite à soi-même
J’ai sonné à ma propre porte.
Longtemps. Rien. Puis un pas connu
trop lent pour être celui d’hier.
je suis entré. Tout était à sa place,
sauf moi, qui cherchais où m’asseoir.
Sur la table, des mots éparpillés sur la toile cirée,
Des tasses de café et des pense-bêtes.
Dans le miroir, un hôte m’a salué
avec la politesse des étrangers
qui se reconnaissent sans oser se le dire.
Nous avons parlé bas, de peur de nous réveiller.
Quand j’ai repris mon manteau,
Il m’a tenu la porte, un peu gêné :
« Reviens a-t-il dit. Je ne bouge pas.
C’est toi, toujours qui es en voyage. »
*
Visite à une inconnue
Je ne sais pas son nom.
Juste son adresse lue dans le bottin
Je sonne à la porte.
Elle ouvre sans surprise,
Ce qui me surprend.
L’odeur du café dans la cuisine m’enivre.
Sur le mur, une horloge
et des photographies de gens que je ne
ne connais pas,
qui me regardent comme si je revenais.
Nous parlons de la pluie, du prix du pain,
de ces choses qui servent de pont
quand on n’a pas de rive commune.
Elle me tend une tasse ébréchée
Que je prends dans le creux de sa main.
C’est là peut-être, que l’on se rencontre :
dans la chaleur laissée par le geste d’autrui.
Je pars sans avoir rien dit d’essentiel.
Derrière moi, la porte se referme
sur quelqu’un qui n’est plus tout à fait inconnue.
Et sur moi qui le suis un peu moins.