De votre absence absolue

J’ai perdu – non pas le sentiment

Il est toujours vivant

–       Réveillé par un bref passage

    Au milieu de mes rêves :

Vous êtes au casting

De leur quantité d’invités.

Non, j’ai perdu l’exactitude

Si chère de vos traits.

Heureusement, il me reste vos portraits.

Parfois surgissent dans une mise en action

Vos gestes, idiosyncrasie

D’autant plus chérie

Qu’elle vous signe

En singularité.

Les plus grandes aspérités

De votre disparition

Avec la gomme du cœur

Adoucissent les tapages des conflits

Idiots, émoussent les rancœurs

Irréductibles en souvenirs affadis.

La balance fléchit du côté positif

Mais je ne vous mentirai pas :

Je sais très bien encore ce qui ne marchait pas.

Simplement, le canot s’est détaché du navire maître

Pour un largage des sévérités.

La douleur cependant de votre absence

A des moments vifs, affleurant pour faire monter

Avec votre regret,

Les larmes du plus jamais.

L’intensité faiblit-elle, non, c’est la fréquence qui diminue

Mais la tristesse, sa survenue

Même si plus espacée

M’étrangle en un sanglot inique

Piqûre de frelon

De tout le temps perdu

Où l’instant retrouvé

Fait la soustraction

De votre absence absolue

Mets la gomme !

Défile

Vois plus les formes

Qu’un long ruban

De lumières clignotant

A fond m’éclate

Dans la super-sensation

Du moi tout puissant

Règne de la maîtrise

Danger du lâcher-prise

Je ne vois plus personne

En Harley-Davidson

En duo  

 L’effacement de la guerre

C’est la libération,

                        De la paix l’avènement

Le règlement des dettes

C’est l’ardoise, magie ! effacée

L’effacement de la beauté

C’est l’irruption de la vieillesse ridée

L’usure de l’amour

Ce sont les gestes tendres raréfiés

L’effacement des erreurs

Corrige pour retour à la vérité

La disparition des êtres aimés

C’est le fantôme des liens privilégiés

L’effacement des limites

C’est l’expansion infini du désir

La désagrégation de la mémoire

C’est le présent sans profondeur

L’effacement du passé

C’est la neige de nos pas perdus

La fonte de nos libertés

C’est la peur au pouvoir

L’effacement de la parole

C’est la surdité égoïste généralisée

Le refus de solidarité

C’est le déni des coups du sort

L’effacement de la prudence

C’est le coup de gomme sur la chaussée

L’impossibilité de nos prévisions

C’est la tentation du plaisir immédiat

L’effacement du printemps

C’est la fertilisation de la floraison

L’agonie de l’automne

Impossible flux, des xylème et phloème

L’effacement de l’hiver

C’est la corolle de primevère

La fin de mon poème

C’est la fin de la litanie

L’effacement du néant

C’est l’arrivée d’un nouveau-né

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