Neige d’antan tu chérissais

             Troupeau d’étoiles vagabondes

             Et l’amour des nuages, des merveilleux nuages

Et le soleil noyé dans son sang qui se fige

Ou Impression, soleil levant 

Aurores boréales de Zao Wu Ki

Turner pour matins de brumes et rayons

Neige la nuit, amie perdue

au clair de lune triste et beau

buée déjà sur la fenêtre,

trace d’un repentir

palimpseste flouté par le temps

sur filigrane une rose en dentelle

des voix lointaines tu aimais et des sentiers jusqu’à la mer

pour que les pas sur le sable s’effacent et que la houle au loin

forme écume sur une nef

d’autrefois

mais plus que tout te ravissait

par-delà l’arc-en-ciel signature

cette murmuration soudaine

chorégraphiant le ciel

jusqu’à l’effacement de la blessure du jour

joie pure de l’instant

dans l’escarcelle

du mendiant

qui rêve

somnolent

adossé au sourire de pierre.

O neige dans la nuit comme amie disparue

Flaque pivoines et coquelicots

juin le pourpre s’en vient

bâton de pèlerin, sandale de poussière

son pas franchit l’obstacle des cent feux

se fraie passage de lumière

défraie par son audace adolescente

la chronique mondaine de l’été

il cherche l’horizon d’azur ou d’orage

s’accroche aux graminées des talus

supplie l’ombrage des platanes

le cliquetis vert de gris de l’olivier

puise à la source pour sa violente soif

irradie sa musique exponentielle

nichée dans tous les arbres et dans tous les buissons

fait son miel de la rose et des sèves lascives

invite au chant de la glycine, au velours du lilas

charge tout d’une aura amoureuse

puis, ayant bien ravagé les cœurs,

épuisé, il s’éclipse

dans un effacement

de moine à genoux et contrit.