Le printemps est difficile

certains accusent le soleil

d’autres accusent le coup

on rentre son cou

dans les épaules

on veille au grain

mais pas au chagrin

devant la Camarde

*

On veille

les morts

sinon où erreraient-ils ?

et Georges,

sur qui je n’ai pas pu veiller

dans quels limbes t’amuses-tu

*

Que font les morts

quand ils ne veillent pas

vieillissent-ils ?

à coup sûr ils veillent sur nous.

Ma vieille enfance

oublie de me veiller

de me réveiller

Statue-menhir

je veille

Atlante des balcons

je veille

Malgré sa fluidité

la rivière aussi veille

jamais elle ne dort

Neandertal encore

veille en moi

comme un vieil indien

veille sur le ciel, les arbres et les pierres

Les roches aussi

veillent

depuis des millions des milliards d’années

les volcans

attendent leur heure

et ne veillent que d’un œil

Et que dire de la lune

qui veille et nous berce

*

Les porteuses de torches

En poste aux portes des cimetières

Veillent

Je tiens ces flammes

Immobiles

Sur les portiques de la nuit

Je suis d’un lieu d’où ne part aucune route

Je dure

M’abrège

Me resserre

Je fais bloc

Jusqu’à devenir pierre

Usée

Par la persévérance

A peine si je me dresse

Je reste

Je persiste

Depuis des temps immémoriaux

Sans rien comprendre

Ni poser de questions

Aux vaches

Que je n’étonne pas.

Marches, Librairie Galerie Racine, 2005, p. 52

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