Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin

Paul Éluard, L’amour la poésie

Je les ai reçus

                      la veille

les derniers mots qu’elle m’a adressés

de cette voix nette, péremptoire

de cette voix dure

comminatoire

de ce souffle qui si vite

après

allait s’arrêter

avalé par la nuit

je les ai recueillis, hébétée,

dans la vasque de mes paumes ouvertes

elle avait commandé pour la dernière fois

sans aucune altération de la pensée,

dans la clarté pâle de novembre

ses yeux verts déjà si pâles

me devinaient dans la pénombre

elle avait choisi la distance

pour notre adieu

elle la mort, moi la vie

reste à ton poste,

m’a-t-elle dit

ce furent ces derniers mots

juste la veille

d’une apnée sans limites.

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