Soudain elle s’est sentie glisser, s’effacer, comme si le sommeil la cueillait, verticale, en mouvement, dans la rue.
Soudain quelque chose dans son corps s’est effondré, là, au beau milieu du trottoir. Ses jambes ont cessé de la porter. Un affaissement.
Tombée. D’un coup. Comme un enfant tombe de fatigue.
Étendue sur le bitume dans le noir d’un soleil radieux, au beau milieu des passants.
On essaie de la relever, de lui tapoter les joues.
Elle résiste à l’éveil. Semble vouloir éterniser cette absence, cet ailleurs où elle a sombré. Elle se sent si bien, aimerait s’y enfoncer, s’y abandonner.
Elle dit, merci, ça va aller…, juste un passage à vide.
Passage à vide. Malaise. Coupure. Rupture.
Elle se demande ce qui a lâché ?…
Un réflexe : prévenir Jeff !… Une hésitation… Non, ne l’appellera pas. Sa voix se brise comme dans un hoquet. Déjà quelque chose entre eux s’est desséché, désintégré, effacé.
Curieusement, son évanouissement se fait libérateur, presque heureux, presque révélateur. Une faille où verser le trop plein de sa vie, y décharger l’encombrant, l’excessif.
Elle est pâle. On cherche à la redresser. Elle tend la main, puis la passe dans ses cheveux pour y remettre de l’ordre. Sourit.
Elle dit, mon âme tombait de sommeil, voilà, maintenant c’est fini.
Quelque chose d’imprévisible s’est réellement effondré ; de brusques ténèbres l’ont envahie et l’éclairent. Elle se sent pleine de vide, et c’est bon.
L’amour est si difficile…
Difficile… l’incertitude initiale, la pointe du désenchantement, la croix de l’usure, le désastre inéluctable auquel elle n’a pas voulu croire. La scène s’évide. Vertige. Rupture. Clap de fin à une douleur dévorante qu’elle n’avait pas su nommer.
Dans l’éboulement mystérieux, s’ouvre l’instant d’un interstice vertigineux pour accueillir l’éclair d’un repos. Enfin !
Elle dit, ça va aller. Ce n’était qu’une éclipse !