Traversée

Marcher sur les chemins blancs des cailloux triés de la terre grasse

Pour méditer sur les sinuosités

De l’existence dans la grisaille du crépuscule. Espoirs, ambitions, tous en éclipse sous la simplicité des rondeurs d’un paysage désolé.

De grands rectangles mornes de terre foisonnant de fleurs à la blancheur abâtardie par le soir couchant prennent teinte argentée de chevelure vieillie. 

Les grands élans de l’amour ramenés à la fidélité entêtée de joies passables et d’accords en connaissance mutuelle – ne demandent plus d’émotions ni d’efforts. 

Passant, passer d’un âge entreprenant à celui, posé, d’un amateur de rétrospectives, en ligne de mire à l’inéluctable. 

Casse-C

Ce mot me résiste

 Je m’y casse les dents

J’ai beau me gratter le caillou

Les idées se traînent

Ça reste un peu mou

Caillou

Ça ne vaut pas un clou

Un clou au moins s’est usiné

Un caillou s’est tout juste trouvé

Parce que dessus on a buté

Tout autant que mes pauvres idées…

Un clou ça peut s’accrocher

On peut y pendre un objet

Qu’est qu’on peut faire avec un caillou ?

Un mini presse papier 

Pour les collectionneurs de tickets

Un pauvre porte bonheur

La patte de lapin glabre

Du végan repentant 

Une chose à jeter

Pour faire des ricochets

Ou si l’on est mauvais 

Juste un seul rond dans l’eau. 

Et pourquoi l’avoir ramassé 

Ce foutu caillou, ce rien d’objet ?

Ah, on vous l’a donné !

Généreux le donateur !

Il a saisi une opportunité 

De vous filer un symbole

Qui ne vaut pas un clou 

Et vous, naïf désormais gratifié

Vous n’avez pas osé vous en débarrasser. 

Certains s’en mettaient plein la bouche

Pour s’exercer à articuler

D’autres déçus par le pain

Et ses miettes vite picorées

En blanc les sélectionnaient.

À la place de boussole,

Discrètement semés

Ils servaient à s’y retrouver. 

Mais rendez-donc ce caillou aux sentiers

Où qu’il aille, qu’il aille où : au diable !

Ce caillou on s’en fout 

Allez oubliez-le : pitié !

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