A Moreno
Voile, le ou la ?
C’est le ou la ?
Je n’entends que le v , le v de voir, l’ouvroir de tes yeux,
Tu me tires vers la mer et les nuages parce que toi, tu voies au loin
autre chose, une voilure qu’un vent fait chavirer, très loin de la nature,
dont le mât battu par la toile est la seule réalité, une réalité qui bât,
secouée par rafales,
Mais le voile s’en mêle, et récrimine, effilochant le ciel par franges
Pour grillager le globe d’un regard enfoui personne pour cerner dehors le dedans,
juste dedans la signature d’une âme seule.
Je préfère l’eau à la volée, ce qu’il en reste, sous la tornade,
L’à-voile et ses bonds planétaires, hors-bord
De même au voile ensorceleur, les cercles de bois de l’armillaire,
quand le vent a tout ôté au mentir, l’enlèvement si l’envie se glisse
jusqu’au tissu nu des sans-secrets, à la chasuble
dont s’enveloppe Nature
Le sens enfoui est un leurre, une idée qu’on nous volerait pour dire
des choses intéressantes, il aurait, dit-on, plein d’affaires à dévoiler,
et cela lui ferait une mission d’agent double, qu’il recèlerait en lui
qui le grandirait d’importance, un quelque chose qu’il contiendrait,
un contenu
aussi profondément caché qu’un joyau dérobé
Et si le sens auquel on croit était cela-même, juste le mirage d’un contenu
L’indication d’un vide, d’une poche à dissimuler son vide,
Servant d’accroche à l’autre pour qu’il s’en mêle, mais de quoi ?`
Voiler dévoiler, c’est pareil, l’un et l’autre mentent à tour de rôle,
Usant des mots de vérité que le grec nous a légués
Je préfère le thorax des trimarans, à toile filante
coque penchée rasant la vague démontée, la voile des corsaires
à la pupille du monde [1], dont l’œil ceint de mystères raconte
une abyssale illusion, mirée sous cache
Je préfère l’embarcation fière faisant front, aux questions sur le sens
d’un quoi si profondément caché qu’il ne ressemble à rien,
l’iris bleu des vagues, au son voilé d’une profération faussaire
Antonia Soulez, le 27 septembre 015
[1] « Pupille du monde » : Kore kosmou, soit Isis