ce poème
ne sait pas s’il est un poème
ou simplement une compilation d’éclipses
un coup oui
un coup non
un cou long comme celui d’une girafe
dont la tête s’éclipse dans les arbres
*
j’écris sur l’éclipse
comme j’écris sur le vent
j’écris sur l’éclipse
comme j’écris sur la lumière
j’écris sur l’éclipse
mais seulement par intermittence
*
le monde ne tourne pas rond
on le voit
d’ellipses en orbites
la comète dérange
bouscule, fourvoie
met à mal les étoiles
c’est elle qui fait s’éclipser
les astres et les lunes
*
et si je donne une pichenette
à la moindre comète
la lune s’éloigne
la terre s’éclipse
mais jamais une météorite
n’éclipsera le soleil
*
et si la terre elle-même s’éclipsait ?
devant la lune
derrière le soleil
*
vite je m’éclipse moi-même
derrière mon petit doigt :
un simple signe de la main
et s’éclipse la lune
*
si la lune nous influence
j’attends sa prochaine éclipse
pour calmer mes jambes
sur le pré en pente
de mon enfance
des châtaigniers éclipsent
la lumière
par éclats
nous clignons les yeux
et par là-même
s’éclipse aussi le paysage
le pré, le soleil et le châtaignier
presque on pourrait croire
qu’on s’éclipse soi-même.
*
mon enfance fut une éclipse
j’en ai gardé le soleil
*
j’ai effacé mon enfance
mes souvenirs se sont éclipsés
n’en demeurent que des éclisses
éparses dans mon histoire
qui me reviennent
par éclipses
mes souvenirs clignotent, clignotent, clignotent je demeure intermittent