Je sens une présence menaçante derrière moi. Elle ne me lâche pas depuis que je me suis précipitée vers la sortie, que j’ai courru propulsée par une force démoniaque, que j’ai traversé en un éclair la première porte, puis une enfilade de portes, et que je me suis retrouvée dans un espace aux limites imprécises, les pieds enlisés dans une substance cotonneuse et collante, arrêtée dans mon élan, immobilisée.

Je n’ai pas encore identifié ce que je fuis. Je ne sais pas d’où vient ma peur… mais je sais que je dois filer, que je dois impérativement m’extraire de là, décoller, échapper, fuir !… fuir !… La funeste menace approche. La panique m’envahit et me retient… Je réussis cependant à mobiliser de l’énergie. Au prix d’efforts démesurés je tente de remuer les pieds. En vain ! comme si mon corps avait abandonné toute nécessité de fuir. Et pourtant…

Soudain un mouvement me bouscule, un ressort me soulève. Vais-je encore chavirer ?… Non, ça y est… je m’arrache de la gangue qui me retient. Je cours, je cours…, mais horreur !, je n’avance pas. Je cours immobile. A en perdre haleine. J’accélère sur place. Je respire fort. Mon coeur s’emballe. Je suis liquéfiée, épuisée, terrifiée…

Ensuite tout devient plus facile. Je ne sais pas si je rampe ou si je glisse. Je suis légère. En apesanteur. Je flotte. Je monte. Je vole. Je longe des formes indistinctes, suspendue dans un lumière violente et tourbillonnante. Je prends de la vitesse. Je vais lui échapper !… Cependant je commence à vasciller, chanceler, m’égarer, et, dans une sorte d’évanouissement je heurte une foule qui court à contre-courant, qui m’aspire et qui m’intègre. Je me débats. Je joue des coudes. Je relève la tête, les yeux arrimés à une lune là-haut. Malgré ma résistance, ce flux me tire en arrière, enraye ma fuite, et je sens le poids du regard qui me poursuit.

Et puis il y a ma jupe que je dois remonter car, enroulée dans mes jambes, elle entrave mes mouvements. Et puis il y a ce brouillard qui enténèbre alentours. Et puis cette envie de crier… Mais ma gorge est sèche, serrée dans un étau.

Je cours à corps perdu. J’accélère. J’accélère en vain. Je fuis sans aucun repaire. Dévalant une pente raide, des ombres me portent. Je m’y enfonce… Je trébuche… On piétine mon corps longtemps, longtemps, mais ma tête continue sa fuite éperdue… Sauve qui peut !… La peur donne des ailes. Me voilà oiseau de nuit. Je disparais. Non ! Touché par l’éclair mon corps pique en vrille. Je traverse des nuages et des défilés vertigineux. Je passe des portes et des portes que je crois reconnaître. Peut-être n’ai-je jamais quitté ce lieu ?… Je vais me fracasser contre une falaise ! Elle se rapproche, se rapproche ! Je plonge!… Je hurle !…

 

Assise sur le lit, j’inspecte… Ce lieu m’est à la fois étranger et familier. Ai-je réussi à m’enfuir ?…

 

Septembre 2018

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