Compte-rendu du Buffet littéraire du mercredi 15 mai (La lenteur)

« La vitesse est la forme d’extase dont la révolution technique a fait cadeau à l’homme» écrit Milan Kundera dans son très bel ouvrage La lenteur.  Et il ajoute « Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli […] Notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse».  Le regard aiguisé que pose Kundera sur notre époque  contemporaine dans ce  livre écrit il y a pratiquement 25 ans n’a pas pris une ride.

En critiquant   le culte de la vitesse et en réaffirmant les vertus de la lenteur,  tout un courant d’opinion actuel a emboîté le pas à la réflexion de Kundera,  Je pense notamment  au livre de Carl Honoré Eloge de la lenteur. De même, un certain nombre de pratiques issues du bouddhisme permettent de  passer du « Toujours plus vite » à « La pleine conscience » qui exige une attitude d’attention,  de présence et de conscience vigilante à soi, tout le contraire de la course effrénée à laquelle nous sommes peu ou prou conviés.

Je souhaiterais conclure cette courte  introduction par ce mot de Pierre Dac :   « Rien ne sert de courir si on n’est pas pressé »

Laissons maintenant la parole et la plume aux contributeurs du Buffet littéraire :

–  Brigitte Laporte Darbans  a présenté :   La mer noire, livre de Khétevane Davrichewi 

 

–  Isabelle Minière a écrit et lu :  A toute vitesse

 

–  Mireille Diaz-Florian a écrit et lu :  ô ma joie lente à venir

 

–  Christine Shaller a écrit et lu : Chanson lente pour endormir vite

 

–  Anne de Commines a écrit et lu : La lenteur

 

–  Agnès Adda a écrit et lu : Verve saltimbanque

 

–  Dominique Zinenberg a écrit et lu : Ralentir travaux

 

–  Bettie Nin a écrit et lu : On m’a dit

 

–  Isabelle Cammarieu  a écrit : La lenteur. Lu par François Minod

 

–  Anna Maria Celli a écrit et lu : L’immortelle

 

–  François Minod a écrit et lu : Tu es lent

Après cette soirée qui n’a pas manqué de lenteur, ni de saveur, nous nous sommes donné rendez-vous pour le prochain Buffet littéraire  le mercredi 19 juin. Le thème retenu est Le départ.

A vos starting block !

Salutations littéraires

François Minod

 

Compte-rendu du  Buffet littéraire du 4 avril 2019 (LE DÉTOUR)

Le thème du détour a inspiré les participants du Buffet littéraire. Il faut dire qu’à l’heure du mythe d’une communication immédiate et transparente, à l’heure des déplacements rapides, efficaces, organisés, à l’heure où notre société retient le plus souvent l’image choc, la synthèse, le résumé, qui laissent dans l’ombre le cheminement intellectuel, d’aucuns aspirent à emprunter les chemins de traverse, la digression, le tâtonnement de la pensée, quitte à remettre en cause la notion d’efficacité, de performance, à tout prix.

L’art, la littérature, la poésie, sont à cet égard des antidotes qui permettent de dire le monde dans son infinie complexité, son mystère, quitte à faire de multiples détours pour tenter d’approcher au plus près l’opacité du réel.

Les participants du Buffet littéraire ont contribué à explorer le thème du détour avec leur vision, leur singularité, leurs voix.

Laissons-leur la parole :

– Mireille Diaz-Florian nous a présenté le livre de Patti Smith M Train (rubrique livre)

– Isabelle Minière a écrit et lu : La conduite de détour

– Stan Dell a écrit et lu : GPS

– Anna Maria Celli a écrit et lu : La main pour dire l’amour

– Antonia Soulez a écrit et lu : Détour en question

– Christine Schaller a écrit et lu :  Détour des mots

–  Agnès Adda a écrit et lu : Fleuves et eaux

– Anne de Commines a écrit et lu : Détourner l’attention

– Serge Papiernik a écrit et lu : Bruissement d’ailes 

– François Minod a écrit et lu : Tour et détour

– Dominique Zinenberg a lu des extraits du livre de Daniel Mendelshon : Une odyssée, un père, un fils, une épopée (Flammarion)

–  Françoise Bernard a lu des extrais de Ithaque de Constantin Cavafy (traduction de Marguerite Yourcenar)

– Nicole Goujon a écrit Cœur de cible, que j’ai lu en son absence.

– Isabelle Camarrieu a écrit  Le détour

Après cette soirée très riche et conviviale, nous nous sommes donnés rendez-vous le mercredi 15 mai pour échanger sur  le thème de la lenteur.

Bon vent littéraire et poétique.

François Minod

Compte-rendu du Buffet littéraire du 20 février (Brouillard)

Le thème du brouillard a inspiré les participants du Buffet littéraire à en juger par le nombre de contributions  (voir ci-dessous). Vous pourrez également lire le texte de Nicole Goujon concernant la présentation de l’ouvrage de notre amie Dominique Zinenberg : Pour saluer Apollinaire.

Bonne lecture et rendez-vous le jeudi 4 avril pour  notre prochain BL dont le thème est Le détour.

 Pour saluer Dominique Zinenberg, présentation de Nicole Goujon

Buée d’amour, lu et dit par Agnès Adda

Chute libre,  écrit et dit par Anne de Commines

Paroles de Fernando Pessoa, écrit par Patrick Quillier

Le buvard des images, écrit et dit par Nicole Goujon

Impressions glauques, le brouillard, écrit et lu par Dominique Zinenberg

Mes brouillards, petits et grands, écrit et dit par Florence Ovaere

Brouillard, écrit  Isabelle Camarrieu

– Isabelle Minière a écrit et lu Mes cahiers de brouillard.

 

Salutations littéraires et poétiques

François Minod

 

Compte-rendu du BL du 20 septembre (La fuite)

Les participants du Buffet littéraire ne se sont pas dérobés à ce premier rendez-vous de la saison 2018-2019. Et pourtant le thème proposé, la fuite, aurait pu les motiver à le faire. Las, les contributions furent nombreuses et la soirée fut comme à l’accoutumée  riche et conviviale. A croire que le thème proposé, loin de provoquer une fuite des cerveaux a eu plutôt l’effet inverse.

  Il faut dire que la fuite est un thème transversal qui intéresse aussi bien les poètes que les psychologues ou les neurobiologistes comme  Henri Laboritt dont le livre L’éloge de la fuite a connu un grand succès et a donné lieu à une adaptation cinématographique Mon oncle d’Amérique de Jean Resnais à partir des thèmes développés dans le ditouvrage.

  Quant aux poètes, aux écrivains, aux dramaturges,  le thème de la fuite du temps est pour eux du pain béni. La liste serait trop longue pour en   faire une recherche exhaustive.

  Laissons maintenant la parole aux contributeurs dont vous trouverez les textes dans cette même rubrique. En voici les références :

A toutes fuites utiles écrit et lu par Anne de Commines

Fuir Là-bas écrit et lu par Mireille Diaz-Florian

Des mots à la dérobée et Au fil du temps écrit et lu par Dominique Zinenberg

L’art de la fuite écrit et lu par Isabelle Minière

Fuithon écrit et lu par Stan Dell

La pianiste aux doigts trop courts interprété par Christine Shaller

– Fuir la tranquillité  écrit et lu par Laure Nèe (en attente de réception)

Le temps de la fuite écrit et lu par François Minod

– Agnès Adda a lu un extrait de La vérité sans Marie de Jean-Philippe Toussaint.

– Alain Minod a fait une improvisation sur le thème du BL (non enregistré)

Après ces nombreuses agapes, il était légitime que la fuite fût décrétée.

Rendez-vous fut prix pour le prochain BL le mercredi 21 novembre. Le thème proposé : Rien

Gageons que les contributeurs aient quelque chose à dire…

Salutations littéraires et poétiques.

                                                                                                                         François Minod

 

 

Compte-rendu du BL du 21 juin 2018 – La paresse

Écrire sur la paresse est un défi à relever car il faut arriver à se sortir de l’état dans lequel elle nous plonge pour pouvoir dire quelque chose à son propos. Néanmoins beaucoup d’auteurs s’y sont essayé. Que ce soit Paul Lafargue (Le droit à la paresse), Clément Pansaers ( L’apologie de la paresse ), Marc Lemonier ( Le petit livre de la paresse ) , Erik Sablé ( L’éloge de la sainte paresse ) ou Kazimir Malevitch ( La paresse comme vérité effective de l’homme ). Ce même Malevitch déclarant dans l’incipit de son livre :

 « Le travail doit être maudit, comme l’enseignent les légendes sur le paradis, tandis que la paresse doit être le but essentiel de l’homme. Mais c’est l’inverse qui s’est produit. C’est cette inversion qui s’est produit. C’est cette inversion que je voudrais tirer au clair. »

Le défi a également été relevé par les personnes présentes au BL consacré à ce thème. Les absents ayant sans doute été contaminés par l’indolent virus de ladite paresse.

– Lise Lentignac a introduit le thème de façon originale en nous lisant un article qu’elle a rédigé autour du personnage de Gaston Lagaffe

– Isabelle Minière a lu un texte écrit pour le BL « Paresseux »

Dominique Zinenberg a lu un texte écrit pour le BL « Un petit traité sur la paresse »

Agnès Adda a lu un poème écrit pour le BL  « La grande verrière »

– Catherine Jarrett a lu un poème écrit pour le BL « Paresse »

– Patrick Quillier a lu  un texte de sa composition, sans titre

– Alain a improvisé sur le thème de la paresse (malheureusement, son impro n’a pas été enregistrée)

– j’ai lu un texte écrit pour le BL « La paresse »

– Isabelle Camarrieu,  absente a proposé un texte écrit par elle  La paresse (à lire sur le blog)

– Nous avons également écouté Brigitte Laporte Darbans nous présenter le livre « Point cardinal »  de Léonor Récondo  (lire la présentation dans la rubrique Livres)

Ce Buffet littéraire était le dernier de la saison 2017-2018.

Nous entamerons la onzième saison le jeudi 20 septembre. Le thème retenu est La fuite. Raison de plus pour être présents, ce dont je me réjouis.

Bon vent littéraire et bel été à toutes et à tous

François Minod

 

CR du BL du 3 mai 2018 – Rouge

Le buffet littéraire est-il sous influence du bonheur des beaux jours revenus ? Cela est perceptible dès mon arrivée… Aujourd’hui, en dehors de notre hôte, que des femmes ! Remarque François- heureux,  bien qu’esseulé en son genre.

Les conversations vont bon train, chacune saluant les autres avec ce bonheur des relations nouées, des échanges entre chacune, et de l’attente pour mise en appétit littéraire avec un peu de vin, rouge qui ne brouille en rien notre teint – dans l’attente du démarrage de la soirée.

François déclare qu’il ne fera rien : ni l’intro, ni le compte rendu : à tout seigneur tout honneur !… Le relais se prend facilement. Mireille Diaz-Florian nous lit avec une expression gourmande les remarques de Michel Pastoureau, historien médiéviste et grand chercheur sur les couleurs. Elle a retrouvé le texte qu’il a consacré à la couleur de circonstance : rouge ; pour l’exposition du même nom. L’ambivalence de cette couleur y est explorée dans ce style très accessible, très renseigné, qui fait le charme des écrits de cet auteur. Couleur héraldique sang, couleur tonique ou menaçante, on est surpris, entre autre de savoir que Rouges étaient les robes de mariée avant le 19ème.

Dominique Zienerberg nous découvre son texte écrit pour le buffet : « Puissance du rouge », évoquant la nature, la peinture et la fonction d’appel de cette couleur dans les toiles.

Isabelle Béchu, dont l’activité d’analyste l’amène à côtoyer des phobies, nous fait part de la sienne, partagée parfois avec ses patients.  La vue du sang et son effet déplaisant : la perte de connaissance. Après cette confidence intime, qui nous touche, elle lit : « rouge sourire », une coquetterie sur le désir d’être aimée.

Agnès Adda prend la suite, et nous emmène dans une « promenade » entre sentiments, symboles et paysage …

Antonia, elle nous fait le portrait d’un grand vase , rouge évidemment, offert dans des circonstances de rapt : d’où son titre «  In vidia » : envie !

C’est autour d’Anne, qui le corps dans un mouvement et un regard un brin ironique, nous entraîne dans une histoire d’amour –qui trompe par sa première tonalité rose, bientôt rosse pour finir tout à trac dans une flaque de crime passionnel. Nous avons le souffle coupé par la fin, tombée comme un couperet !

Votre secrétaire de séance, lit « Placenta », puis un poème conte sur le rouge : le beau en Russe, pour finir sur un « pingpong » un peu fou, où l’on, me dit-on, reconnait bien.

François se prend à la malice de la désopilante satire politique (mettre à distance les despotes du monde entier) de Nicole Goujon. « Red City ».  Nous sommes toutes (allez pour une fois l’accord sera fait avec la majorité) séduites par la couleur complémentaire, ce pouvoir girouette désormais repeint en vert !

Un texte de Katel Mars, auteure haïtienne : « Dérives en rouge », nous est découvert par la voix chaude de François. Une poésie qui n’a pas froid aux yeux pour parler du désir.

Mireille nous fait déguster deux textes de Baudelaire « Harmonie du soir », et « ce ne seront jamais ces beautés de vignettes »

La soirée littéraire finit en chanson, texte d’Aragon, moins légère que mon introduction.  Reprenant les derniers mots tracés par le résistant Michel Manoukian, pour sa femme, juste avant son exécution. François interprète « 20 et 3 »,  et ses accents nous ramènent à l’essentiel.

Après un bruissement reconnaissant au chanteur et à Aragon, nous décidons de « paresse » pour la prochaine séance.

Avec ce mot d’ordre en tête, qui prendra donc le temps d’écrire pour la séance à venir ?

Isabelle Camarrieu

 

Compte rendu du BL du 28 mars 2018 – Éveil

À l’origine, c’était « Désarroi ». Mais depuis, les circonstances s’y sont mises. Des événements horribles côté actualité. Et notre ami Rached parti là-haut à la recherche d’«extraordinaiiiiiiire ». Donc inutile d’ajouter du « Désarroi » au désarroi.

Alors ce fut « Éveil ». Ce changement de thème n’ayant pas atteint toutes les consciences, il y eut toujours du « Désarroi » dans l’air (et pour causes …). Fort heureusement, La Présidence a fait preuve de mansuétude en acceptant les contributions afférentes à l’ancien thème. Merci à elle, enfin, à lui !

L’éveil renvoie à la vie et appelle le printemps (parait qu’il arrive …). L’éveil à la vie, à la beauté, à ce que l’on ne voyait pas, aux émotions, à soi, aux autres. Il ouvre à tant de ravissements qu’il en est un mot noble. L’éveil du matin, du nouveau-né, l’éveil à tout âge de la vie. L’éveil n’a que faire du temps, il nous ramène toujours au commencement d’une nouvelle aventure intérieure.

Ce BL fut comme à son habitude très riche et très varié. Des textes pleins d’émotions et de sourires, des poésies d’une grande finesse, des citations de haute volée, des livres à découvrir (tellement mieux qu’à caller les armoires !). Il y eut même des jeux de mots en veux-tu en voilà. Alors on a fait la fête à l’éveil, sans trop de désarroi.

Place maintenant aux contributeurs de ce BL inspirés par l’amour des lettres, selon la formule consacrée et non moins réelle ….

Contributions ayant trait au vrai-faux thème « Désarroi » :

  • Antonia Soulez a présenté son livre, Désarroi, Éditions Delatour. L’histoire de la recherche d’un père
  • Isabelle Minière, Désarroi puis La rivière imaginaire, textes écrits et lus par elle-même, encore toute auréolée de son éclatant succès à France Culture
  • Anne de Commines, Désarroi, un texte improvisé sur le champ et lu par elle-même. Anne a également fait mention de son recueil intitulé L’indire, Éditions JFE (Jacques Flament Éditions)

Contributions ayant trait au vrai-vrai thème « Éveil »

  • Françoise Assus, L’éveil d’un 28 mars 2018, texte inspiré par l’assassinat de Mireille Knoll. Françoise a également évoqué deux livres à lire : L’ordre du jour d’Eric Vuillard, Éditions Acte sud et La serpe de Philippe Jaenada, Éditions Julliard.
  • Catherine Jarrett, L’éveil et Dès mon réveil, écrits et lus (debout !) par elle-même
  • Nicole Goujon, L’éveil en ce jardin, écrit et lu par elle-même
  • Mireille Diaz-Florian, Éveil du Jeudi Saint, écrit et lu par elle-même
  • Alain Minod, deux poésies, écrites et lues par lui-même. François a également lu un passage de L’éloge de l’éveil in walden ou la vie dans les bois (pages 193 à 197) d’Henry David Thoreau, Éditions Augier
  • Dominique Zinenberg, De l’éveil, écrit et lu par elle-même
  • Agnès Adda, texte lu par François Minod
  • Stan Dell, Quand la chine s’éveillera, écrit et lu par lui-même

Autres contributions :

  • Nicole Goujon a présenté le livre Carambolages, d’Olivier Salon et Philippe Mouche, Éditions Cambourakis. Un recueil de textes et d’images très drôles et « décapants » (dixit Nicole), basés sur les liens entre littérature et peinture. Par exemple La laitière fait fortune, rien à voir avec une biographie de Mamie Nova !
  • Dominique Zinenberg a présenté son recueil L’intimité de l’air – Quintils à la Japonaise, Éditions Encres vives

Et ce n’est pas tout … Certains participants nous ont gratifiés de citations fort à propos :

  • Gérard Mottet :
  • Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n’est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir ? (Pascal)
  • La vraie poésie est une fonction d’éveil (Bachelard)
  • Isabelle Minière :
  • L’écriture est un assemblage (elle-même)
  • Et à tout seigneur tout honneur :
  • Il faut que les désarrois soient courts (François Minod).

Alain a conclu la soirée par un émouvant texte écrit et lu en hommage à Rached.

Pour le choix du prochain thème, la belle assemblée a vu « Rouge ». Pas de colère, de fin ; « Il y en a qui travaillent demain … ». Littérature et poésie sont bien des arts rois au BL, même les veilles de labeur !

Stan Dell

 

Compte-rendu du BL du 17 janvier 2018 (Marcher, flâner)

Marcher, penser, l’un ne va pas sans l’autre, selon Montaigne « Mon esprit ne va si les jambes ne l’habitent ».  Et plus tard Rousseau lui emboite le pas, si je puis dire. « Jamais je n’ai tant pensé, tant existé, tant vécu, tant été moi, si j’ose ainsi  dire que dans les voyages que j’ai faits seul ou à pied ».

On pourrait multiplier les écrits,  réflexions et citations des auteurs, philosophes, poètes pour qui la marche  est  liée de façon quasi consubstantielle à la pensée et à l’écriture.  De même les différentes figures de la flânerie représentent pour certains un exercice indispensable  au déploiement de la pensée.

Le magazine Philosophie Magazine consacre  un numéro hors-série au thème de la marche (et de la flânerie), c’est dire que cette activité très prisée de nos jours, est au cœur de notre être au monde depuis toujours.

« Le chemin se construit en marchant » disait le grand poète Antonio Machado.  La marche également  comme métaphore du mouvement, de la construction, de la  création. D’aucuns d’ailleurs l’ont bien compris dans la sphère politique.

Laissons maintenant la parole aux participants de notre BL  qui, après avoir bravé le froid et les intempéries sont venus partager  leur amour des mots en marche.

Anne de Commines a lu un texte de sa composition Texte urbain

Gérard Motet a lu 2 textes de sa composition  Tu marches et Il te faudra gravir

Nicole Goujon a lu un texte de sa composition  Claude

Dominique Zinenberg a lu des poèmes de sa composition Parfum d’hiver

Isabelle Minière a lu un texte de sa composition Marcher

Alain Minod a lu un poème de sa composition L’exil est dans notre royaume

Catherine Jarrett a lu 2 textes de sa composition  La pierre dans la bouche et Fable des pieds

François Minod a lu un texte de sa composition Ils marchent

Anne Provot a lu des extraits de Du côté de chez Swan et de Albertine disparue in A la recherche du temps perdu (Proust)

Agnès Adda a lu des extraits de Nadja (Breton), P.190 à 195) Pléiade

Après cette profusion littéraire de qualité, nous décidâmes de nous revoir le mercredi 14 février autour du thème PERSONNE(S). Gageons que ce BL réunira beaucoup de personnes

Bon vent littéraire et poétique

François Minod.

 

Compte rendu du BL du 20 décembre 2017 – Lettre(s) d’amour

La lettre d’amour n’est pas un genre littéraire à proprement parler. Depuis que l’homme a conscience de ses émotions, il déclare son amour. Il y a peu de temps, a été découvert en Grèce, la plus vieille chanson d’amour. Il s’agit de l’épitaphe de Seikilos où est gravé, sur une colonne de marbre, le poème accompagné d’une partition musicale. Cette mélodie, datant des Ier et IIe siècles av. J.-C, était dédiée à la mémoire d’une femme nommée Euterpe, par son mari, Seikilos. Elle commence par ces trois vers :

La pierre que je suis est une image.

Seikilos me place ici,

Signe immortel d’un souvenir éternel.

pour écouter 

Signe immortel d’un souvenir éternel….ces quelques mots d’amour gravés  arrivent à nous aujourd’hui pour rappeler cet amour passé….pour qu’il existe encore.

Et voici où je veux vous  amener : il n’y a pas de lettre d’amour sans support. Cet objet inanimé – le plus souvent une feuille de papier – anime des sentiments violents.

Ce papier sur lequel on écrit, rature, recommence. Parfois une larme tombe, dilue l’encre qui fera  trace….

 Papier qu’on plie en deux ou en quatre, qu’on met dans une enveloppe. Les sentiments sous pli, nous n’en sommes plus responsables, ils doivent vivre leur destin.

Que fera l’autre avec ce bout de papier ? Il le dépliera, deux fois, ou quatre fois, le lira, le relira puis le remettra dans son enveloppe. Il ressortira cette lettre, le cœur battant cette fois-ci à la lecture des mots amoureux, la caressera, décryptera chaque mot, chaque lettre dessinée.

La lettre tant espérée en ouvrant sa boîte aux lettres un 14 février ou encore convoitée par la jalouse  peut devenir l’objet du crime. Elle fait rougir certaines, espérer d’autres. Et malheur au mauvais destinataire ! La lettre d’amour connait très bien son pouvoir sur les âmes. Si elle tombe entre de mauvaises mains, celles-ci  peuvent jouer un mauvais tour. Se venger …

L’objet est gardé durant toute une vie, conservé parfois avec une photographie, dans son écrin enveloppant. Un bout de tissu, l’odeur du parfum. Parfois, elles sont retrouvées, chéries. Ce papier qui a été touché par l’amoureux, la lectrice/le lecteur tente de capter la sensation, la vibration de la plume, elle/il cherche à ressentir l’autre. En lisant les mots, elle/il entend la voix de l’autre.

La lettre devient sacrée. Après la disparition, elle peut être détruite par les enfants ou devenir une relique. Nombreuses correspondances d’amour ont été publiées : les mots d’Héloïse et Abélard, ceux de George Sand et Alfred Musset, Paul Eluard à Gala, Victor Hugo à Juliette Drouet, et plus récemment François Mitterrand et Anne Pingeot. L’intimité est offerte au lecteur, un troisième protagoniste entre dans leur histoire. A travers ces textes, nous nous rendons compte de l’humanité des personnes célèbres.

Aujourd’hui les messages d’amour sont dématérialisés. Vous recevez par SMS, en 300 signes, les sentiments de l’autre. Malheur à celui qui n’a pas sauvegardé ses messages. En une fraction de seconde, cet amour n’existe plus, il tombe dans le néant. L’autre disparait, l’histoire est oubliée.

Une lettre pour ne pas oublier…..

 

 

Place maintenant aux contributeurs de ce BL inspirés par l’amour des lettres….

  • Brigitte Laporte nous a présenté un livre Cour nord, d’Antoine Choplin, Edition du Rouergue, 2010 (à lire ici).
  • Chanson avec accordéon : Christian Meylet La mort me hante, Sphynx de nuit de Colette Magny.

 

Autres contributions :

 

  • Agnès Adda a lu un extrait de Aurélia Steiner (de Vancouver, premières pages P.125-127) de Marguerite Duras
  • Mireille Diaz-Florian a lu Lettres à Poisson d’or de Joë Bousquet
  • Dominique Zinenberg a lu Lettre d’amour de Roland Barthes in Fragments d’un discours amoureux
  • Gérard Mottet a lu L’amour existe in Poétique de la rêverie, P7
  • Christian Rolin a lu Lettre de Georges Sand à Musset
  • Jocelyne Roudier a lu Lettre de Juliette à Victor Hugo et Lettre d’Antoine de Saint Exupéry à une inconnue.
  • Isabelle Minière a lu Chanson sans parole de Jacques Brel

Le prochain rendez-vous du BL aura lieu le mercredi 17 janvier. Le thème, dans la continuité de la rêverie, est « Marcher, flâner ».

Lise Lentignac

 

Compte rendu du BL du 19 octobre 2017 – L’Attente

Avions-nous trop faim, trop soif, trop envie de nous parler au fur et à mesure que nous arrivions seuls ou en groupes dans l’appartement de François ? Avions-nous inconsciemment besoin de prolonger l’attente ? Le fait est que nous avons eu beaucoup de mal à commencer la séance de lectures, pris que nous étions dans nos conversations animées.

Ce soir-là nous étions 17 réunis autour du Buffet de victuailles et de nourritures littéraires. Quelques personnes, habituellement là, absentes (Agnès Adda et Mireille Florian Diaz par exemple) d’autres exceptionnellement présentes, d’autres enfin revenues après une éclipse de plusieurs séances (Catherine Seghers et Rached).

Quand François réussit à grand peine à nous rendre silencieux et attentifs, il nous parla (à juste titre) avec enthousiasme du dernier roman d’Isabelle Minière, *Au pied de la lettre (Serge Safran, éditeur) dont il lut un passage et dont Isabelle lut également un extrait des plus désopilants (voir article  dans la rubrique « Livre du mois » du blog ) . A partir de ce moment le thème de l’attente n’était pas seulement lancé mais vécu de l’intérieur par tout un chacun et nous avons dû ronger notre frein car Isabelle était venue sans son ouvrage et nous serions donc obligés d’attendre pour le dévorer ne serait-ce que le lendemain !

François proposa alors que le thème de l’attente soit amorcé par la lecture de poèmes ou d’extraits de romans d’auteurs dits « classiques ».

Rached lut « le coin » de Guillaume Apollinaire, poème du recueil Le Guetteur mélancolique (Poésie/Gallimard)

Catherine Seghers lut un extrait de La ligne d’ombre de Conrad et Jean-Pascal Février un extrait de La Promesse de l’aube de Romain Gary : quel équilibre entre l’attente dramatique de l’un, la cocasserie irrésistible de l’autre !

Ayant pris le parti de faire précéder et suivre ma propre contribution d’un poème d’Apollinaire et de Paul Valéry, j’ai senti que lire * Telle est l’attente  serait le moment charnière après lequel il n’y aurait plus que des textes inédits.

Christian Meylhiet accompagné de son accordéon a chanté une première fois Jacques Higelin, La Rousse au Chocolat.

Par deux fois, le thème de l’attente a malicieusement été mis en abyme par rapport au Buffet littéraire : une première fois avec Isabelle Camarrieu avec son texte  *Attente  puis  *L’attente – Queshua   (jouant sur les signifiants du terme) et un peu plus tard dans la soirée, on a retrouvé cette même intention avec le texte de Nicole Goujon lu par François en l’absence de Nicole Goujon *Dix ans d’attente, à la fois clin d’œil aux dix ans du Buffet et au supplice de l’attente que chacun ressent à l’idée de lire à chaque fois sa contribution : beaucoup d’humour et de détente, une fois encore…

*Alain Minod a lu  Le moment du poème  (Petit manifeste)

*Anne Tasso Monologue intérieur 

*Isabelle Minière trois haiku Attendr

*François Minod  A suivre 

Puis Christian a de nouveau chanté Jacques Higelin, Lettre à la petite amie de l’ennemi public n°1, toujours bien évidemment accompagné de son accordéon.

Enfin Catherine Jarret a lu son texte intitulé *« Histoire d’une tour ».

Il y eut par ailleurs un petit rab avec la lecture de deux textes de François Minod extraits de Grain à moudre (Éditions Hesse, 2009) à deux voix : celle de François et de son ami comédien, Jean-Marie Villessot.

Il était temps de s’égailler dans la nuit parisienne en attendant de fêter les dix ans du Buffet !

                                                    Dominique Zinenberg.