– Qu’est-ce que vous faites tous là sans bouger?
– On manifeste.

– Contre quoi?
– Contre rien.
– Pardon?
– Oui on manifeste contre rien, rien qui vaille.
– Soyez plus précis.
– Trop fatiguant.
– Donc vous manifestez sans bouger contre rien qui vaille?
– En quelque sorte, oui.
– Mais c’est absurde.
– Non, c’est notre droit.
– Quel droit?
– Le droit à la paresse.
– Pour dire qu’il n’y a rien qui vaille?
– Non pas le dire.
– Pourquoi?
– Trop fatigant. Juste être là.
– Sans bouger, sans rien dire?
– En fait, vous pensez que…
– Non trop fatiguant
– N’empêche, vous estimez qu’il n’y a rien qui vaille et vous faites valoir votre droit à la paresse.
– Si vous voulez, oui.
– Pourquoi vouloir faire, agir, bouger, marcher, penser, alors qu’il n’y a rien qui vaille?
– Vous commencez à comprendre.
– Pire, je commence à sentir la paresse qui me gagne.
– C’est bon, non?
– Oh oui, juste être là en écoutant une voix intérieure qui susurre « Il n’y a rien qui vaille, rien. »
Juste être là pour vivre ce rien.

 

 

Une réflexion sur “LA PARESSE (François Minod)

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