Controverse grammaticale (Françoise Delagrave)

Le verbe : Arrête de me suivre tout le temps !

 

L’adverbe : Je ne te suis pas tout le temps, souvent je te précède…

 

Le verbe : C’est cela, invariablement tu es partout, une vraie déferlante…

 

L’adverbe : Je suis là pour te mettre en valeur…

 

Le verbe : N’importe quoi ! Plus que… moins que… autant que… Si je cours, par exemple, je n’ai cure de savoir si je cours plus vite ou moins vite que quelqu’un, je cours, un point c’est tout !

 

L’adverbe : C’est un peu court ton explication, nécessairement tu cours d’une certaine manière, après quelqu’un, dans une direction, pour faire du sport, enfin pour quelque chose…

 

Le verbe : Tu as raison, je cours pour te semer et retrouver ma plénitude. J’en ai assez d’être toujours augmenté, diminué, amoindri, compté, contrarié, précisé par ta présence… Lâche-moi le syntagme et laisse libre cours à tous mes sens !

 

L’adverbe : Quoi, tu me trouves envahissant ?

 

Le verbe : Je te trouve dispersé, surtout. Tu es partout, on ne peut rien faire sans que tu mettes ton grain de sel… La mouche du coche… Tu te complais trop souvent dans l’excès. Quand je pose mon action, sobrement, avec justesse, tu viens me titiller comme si je ne pouvais agir seul.

 

L’adverbe : Quelle prétention, tu te prends pour Dieu ?

 

Le verbe : Non, j’aspire à être poète (mais peut-être ne suis-je que verbeux) ! Retire le verbe d’une phrase et elle perd son sens. Sans l’alchimie du verbe, point de beauté. Le verbe « aimer » se suffit à lui-même. Qu’apporterait de le précéder ou le compléter d’un adverbe ? Ton intervention n’est guère utile.

 

L’adverbe : Alors tu n’es pas poète, mon cher ! « Je vous aime exactement », n’est-ce pas la plus belle déclaration d’amour qui soit ? Je vous aime… exactement : si tu prononces ces mots en laissant un temps entre le verbe et son adverbe, l’association est d’une force incroyable, d’une poésie remarquable. Ne suis-je pas réhabilité de la plus belle façon par cette phrase de Daniel Pennac dans « la petite marchande de prose » ?

 

Le verbe : Magnifique ! Je te concède ce point, dans de rares cas tu magnifies le verbe et surtout le sujet qui en est destinataire. Cependant, il ne faudrait pas en abuser…

 

L’adverbe : Je ne suis aucunement responsable des abus de la langue adverbiale !

 

 

 

L’Étoile du Nord (Brigitte Laporte-Darbans)

L’Étoile du Nord,  un roman d’espionnage écrit par le britannique D.B. John ancien éditeur de livre pour enfants qui s’est reconverti dans l’écriture de romans d’espionnage.

Ce qui m’a donné envie de lire ce livre c’est que l’histoire se déroule dans le pays le plus mystérieux et le plus fermé du monde : la Corée du Nord.

Trois personnages dont les chemins se croisent et dont les interactions nous donnent un regard saisissant, révélateur, déchirant sur la vie en Corée du Nord, toujours à l’ombre du Bowibu, les forces secrètes de l’état.

Ce roman a un double intérêt : l’histoire est bien construite et il est très bien documenté. Les scènes sont d’un réalisme parfois à la limite du supportable, la psychologie des personnages est très bien étudiée ainsi que les mœurs et le fonctionnement de la société nord-coréenne.

L’auteur D.B. John, qui s’est rendu en Corée du Nord en 2012, a écrit ce thriller à – trois voix . Trois très beaux et très forts personnages :
– Jenna américain, afro-coréenne dont la sœur jumelle a disparu sur une plage sud-coréenne près de la frontière avec la Corée du Nord en 1998 –

– Mme Moon, femme âgée, pauvre, très pauvre, dotée d’une force et d’une résistance hors du commun, personnage très attachant.

– Monsieur Cho haut fonctionnaire nord-coréen qui sera rattrapé par son passé.

Les évènements, les rebondissements sont nombreux, terrifiants, émouvants.

À plusieurs reprises en lisant ce livre on remercie sa bonne étoile de ne pas vivre en Corée du Nord, pays cadenassé où l’on meurt de faim, de privations dans des camps oubliés du monde.

 

 

L’adverbe (Agnès Adda)

Adjoint et subalterne autant que coulissier

Il serpente, s’adosse, sans éclat.

De petite stature

Il n’ambitionne la reconnaissance

N’aspire à la descendance.

Ni sexe ni genre, mais intègre

Il se prête sans fléchir.

 

Or toi tu applaudis à ses pirouettes

Quand la clausule s’inverse en commencement

Et que, balancier du discours

Il tourne comme roue des vents.
Tu admires ce tranchant d’un point, d’un never more

L’adresse de qui, croisant le verbe

Le nie, le dégonfle.
Et tu souris à la réserve du presque un peu

Caresses l’oui, ce levier de la présence

Et les sursis d’encore.