Au pied d’une échelle
dressée vers la lune
le clown Auguste
sourit

Au pied de l’échelle
dressée vers la lune
un masque blanc
barre le sourire d’Auguste

Au pied de l’échelle
sans barreaux
le clown se penche
vers la lune tombée

Près de l’échelle
tombée
le masque blanc du clown
se noie dans la lune

Sur le visage blanc
de la lune
le sourire du clown
dessine une échelle

Sur l’échelle des salaires

Avant même d’accéder
au pied de l’échelle des salaires
il y a
des cordons de concours
des barrières de bureaux
des montagnes de formulaires et de dossiers
des pluies de numéros de code et de passe
où l’échelle d’une année ressemble
à une éternité cosmique

Quand tu atteins
le pied de l’échelle des salaires
il y a
les barreaux que tu t’efforces de gravir
et qui te cassent le dos
les humiliations que tu dois subir
et qui mortaisent ta dignité

l’enfilade des promesses feintes et des illusions
qui s’apparentent aux millions de naines rouges
mourant chaque jour dans l’univers

Si bien qu’à la fin tu t’écries :
tout compte fait, je préfère rester
au pied de mon pommier
lui au moins il donne des fruits
et on y palabre sans faire la queue
mais comme il n’y a pas de pommier
dans ton quartier
tu n’as plus qu’à planter ta chaise
au bout du quai treize de la gare du Nord

Certes, au lieu de t’évertuer à escalader
les barreaux les uns après les autres
tu aurais pu secouer l’échelle
comme on secoue un pommier 
dans le second cas
aussitôt la pomme tombe
ce qui est très rare
pour celui qui s’accroche au sommet

Au lieu de viser la cime de l’échelle
te voici
au bout du quai à l’horizontale
décidée à lire dans le regard des gens
les traces de vie
les jardins sans flore
les aboiements sans chien
les mots d’amour sans lettres
te voici
prête à épouser l’absence
à rire des faux devoirs et des folies altières
à voyager en pensée
en écho des voix des ombres qui passent
et à écouter la langue des autres
dans le brouhaha des départs

au bout du quai treize de la gare du Nord
tu apprends au fil des jours
à aimer toutes les gares
celles d’où l’on part
comme celles d’où l’on vient
tu apprends
à te taire
à te perdre
avant de t’effacer tout à fait

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