Quand la réalité commence à ressembler à une décharge publique
qui m’ensalit, très vite je m’enrêve
je file par la fente de l’imaginaire
je flotte, je flaque, je me dissous
si bien qu’à la fin, j’en viens à vivre en pointillés.
Un trait égale un pas dans le réel
un vide égale un envol dans la fiction.
Le passage se fait sans la pensée.
Ne serait-ce pas tout simplement marcher ?
Quand on marche, on n’a pas les deux pieds par terre
au même moment.
Il y a du vide entre deux pas, du temps, du manque
du néant, de l’angoisse, du peut-être
du je-ne-sais-pas-si-je-vais-toucher-terre-à-nouveau.
Un trait j’expire, un vide j’inspire ou le contraire.
Plus on s’autorise à s’absenter
plus on prendra plaisir à être présent.
Si le trait plein devenait ligne droite et se prolongeait indéfiniment
n’est-ce pas le corps roide de la mort qui apparaîtrait ?
Le pointillé est un trait d’union entre deux absences
le pointillé est un monde qui renaît entre deux vides.
Pour que la vie se renouvelle
il nous faut accepter ce passage incessant
cette oscillation souvent inconfortable
entre le rêve et la réalité
bref, accepter de vivre en pointillés.