L’écho revient à l’oreille lorsqu’on devient dur de la feuille et que la menace du Je ne te le dirai pas deux fois, jetée par le père  à la face de l’enfant,  s’est un brin émoussée dans la brume du passé.

L’écho est l’échec de la nouveauté : à peine proférée, elle exhale une odeur de ranci.

L’écho est une oie de basse-cour qui cacarde faute d’être capable de s’envoler.

L’écho assourdit tellement que sa présence finit par annuler l’original comme la cendre efface le feu.

L’écho sonne et résonne, sonne et résonne, sonne et résonne, sonne et donne le tournis, sonne et empêche de dormir.

L’écho est la réponse à une question qui n’a pas eu le temps d’être formulée jusqu’au bout.

L’écho est un galet qui rebondit à la surface des eaux avant de se noyer.

L’écho est une rumeur parée des affiquets de l’info, une intox diffusée sur Tik-Tok, une perversion de la vérité, un marteau-pilon virtuel en guise de réel.

L’écho est la non-œuvre d’un non-peintre qui, à force de répéter l’image de pacotille appelée Marylin, transforme la femme en non-être, ce qui la mène au suicide.

L’écho est une tentative forcenée d’arrêter le temps. Dans l’espoir de ne pas vieillir.

L’écho est le choc obsédant d’une chute éternelle, même si l’on s’efforce de répéter  Je ne suis pas une femme qui tombe.

L’écho est au désir ce qu’est le fruit interdit

à Eve pour avoir voulu goûter à la connaissance réservée au Dieu d’Israël

ou à  Tantale pour avoir dérobé aux Dieux grecs le nectar et l’ambroisie.

Dans la caverne aux échos, un corbeau cherchant la sortie se cogne aux parois et  croasse tant et plus qu’il en devient fou.

A l’inverse et à l’air libre, les chauves-souris qui émettent un flot de sons hors de portée de l’oreille humaine, détectent et décodent les échos qui leur reviennent afin de se forger une image du monde. C’est ainsi  qu’elles apprennent à voler entre les arbres ou à capturer les papillons de nuit, tout en échappant aux chouettes et autres prédateurs.

Toi qui vis comme les chauves-souris dans un monde d’échos, pourquoi lorsque tu lances dans la nuit ton cri inaudible, n’entends-tu en retour que la copie affaiblie  d’une autre voix qui chevauche la tienne ?

Toi qui écris dans le silence de la nuit, pourquoi t’obstines-tu à étouffer ton poème sous un trop d’assonances ou à faire la culbute devant un public ravi de tes chutes, pour donner à rire comme d’autres prient ?

A l’inverse et à l’air libre, l’écho véritablement humain, ne serait-ce pas  cette empathie qui exulte dans une simple phrase destinée à nourrir le cœur d’un lecteur ou d’un auditeur, un mantra qu’il prononcera à haute voix pour le partager avec d’autres qui à leur tour le transmettront à d’autres pour former tout au long des siècles le fleuve intarissable de la beauté, nommé Danube Bleu, Styx ou simplement musique…