Droite, raide, sans mouvement presque
Dans le rai de lumière
La tragédienne
Toute bouche
Postillonne.
Postillonne le texte.
Dans le rai de lumière
Ces petits globules scandés
Feux d’artifices
De la ponctuation
S’arrachent à la tirade
Ils y insufflent
La révolte ou la grandeur
D’un destin
À mots lents
Lentement énoncés
Éructés
D’un destin sûr
D’un instinct pur
De persécutée
Fausses informations
Les mensonges s’infiltrent dans l’eau du bain
De la marée de communication
Qui ne parle pas à qui ?
Dans cet immense et lourd flux
Mais qui est qui, le savons-nous
Chacun pour se faire mousser !
Images sans réalité de pages fabriquées
Tiens un profil attrape-nigaud
Me fait miroiter un écho
A mon auto-publicité
La clique et clac, ce virtuel
Ennemi de toute vertu
Nous a, cheval de Troie
Reconnaissons, harponné !
Les constats, les affirmations,
Les approximations en nuées
S’arriment aux illustrations
Troupes dans les réseaux sociaux,
Elles font travail de sape
Tortillantes, insinuées
Elles vrillent la pensée
Par scandales sur valeurs primaires
Violentées, elles achètent le soupçon
Vite transformé en révolte.
Dans les esprits travaillés, elles fermentent
Moisissent la conscience, étrécie.
La logique malmenée par ces haut-le-cœur,
Se déboite de son axe de rigueur.
La morale et la peur gainent et rigidifient
La liberté de penser.
La curiosité est prise dans le train fantôme,
A son ticket pour le film d’horreur…
D’un glissement à l’autre,
D’un amalgame à un faux semblant
La cohérence s’estompe, les mots sont contaminés
De la toxique émotion
La science est un épouvantail décrédibilisé
Par des échanges de faux sachants.
La révulsion prend le pouvoir
Pour pousser la masse dans la nasse
De l’impasse du non choix.
Poussés vers les images sophistiquées
De ces faux-selfs auxquels
On veut nous faire adhérer,
Entre la frustration et l’envie
L’indignation tape du talon
Sur les bureaux de réclamations
Sans adresse concrète- dénuées de réponse
Il me faut de l’attention pour ne pas,
À l’incise, placée à dessein,
Flairant ma zone d’intérêt
Me laisser entraîner.
L’impuissance du poème
Les mots et leurs alliances
Si astucieux soient-ils
Les formules et leurs strophes
Si emboitées soient-elles
Les vers et leurs piétinements
Si agencés soient-ils
Et mes envolées de révolte
Si tonitruantes soient-elles,
Je me sens en exil.
Un exil sans pays, sans frontière réelle
Un exil d’impuissance
Que faire avec les mots ?
S’ils n’ont pas de relai ?
Comment les faire s’insinuer
Dans les oreilles sourdes
D’êtres de brutalité ?
Les fameux chefs d’état,
Pleins de morgue
Ivres de leur pouvoir
Tout ça pour perdurer…
Et voici, c’est le comble
Et même à me faire rire !
Qu’il veut comme pharaon
Mais dans l’informatique
Inscrire pour l’éternel
Son esprit dérangé !
Les mots et leurs alliances
Si virulents soient-ils
Sont dénués de l’unique vertu
Dont je souhaite les parer
La fonction conative
Pour intimer d’ARRETER
Même le droit
Édicté pour ça
Ne le peut pas.
Il jugera peut-être…
Ou la robe de l’histoire
Se dressera rouge de honte et noire de réprobation
Quand tous seront morts déjà
Pour INTIMER d’arrêter
Arrêter les massacres
Les désastres
Les iniquités
Arrêter la torture
L’hécatombe
Arrêter de détruire
Y compris l’illusion
La poésie ne sert à rien
Chimère, nuage,
Jolie arabesque,
Souffle de vent
Sur vide page
Épanchement
Vain et navrant
Exit la poésie. Exil de sa chanson.
La beauté est une vilaine ! Voyez ! elle tend la main
Ou agite sa jupe en se courbant
Pour un piètre applaudissement.
Chuchotement
Chut !
Plus un mot.
Dans la boue, dans les effondrements
Quel chant ténu
Plus beau que le souffle de cet enfant
Qui retrouvé
Donne la force aux chercheurs désespérés
De continuer
Sur les chemins insensés
De notre ordre du monde ?
Grâce ! Serons-nous encore témoins
Des milliers de gestes tendres
Captés dans les fictions
Que les humains engendrent
Où sont les ondes de bonté dotant de conviction les gestes de sauvetage ?
Où sont les larmes de tendresse drainant la terre
De leur fleuve actif au détriment des bombes ?
Où sont les complicités nouées en un regard
Pour nous les 7 milliards ?
Que ne détruisent-elles pas les murs et les fermetures ?
Où est cette force de la noosphère ancienne ?
Où la force du vivant l’emportait sur les puissances des ténèbres ?
Où si ce n’est là
Dans ce piteux poème.
Inutile, en exil de l’action
Comme une lettre au tiroir
Une fourchette sans aliment
Poème vain
Qui sème son chant
En exil
De toute efficacité
Partant, navrant.