elle va traverser le pont
du crépuscule à l’opacité
l’instant où je marche
les yeux entrouverts
elle va traverser le pont
de l’entre-sommeil
à la lumière diffuse
chevelure de steppes
elle va traverser le pont
sur la pointe des pieds
au cas où les météores
lui tomberaient dessus
elle va traverser le pont
si ce n’est ma présence
qui trouble l’image
que lui importe ce pont
qui est un prétexte
pour relever le bas
de sa tunique écarlate
elle va traverser le pont
sous son ample chapeau
de paille écrue
promesse et menace
que se passera-t-il après
pellicule noircie
amour inexistant
traverser le pont
qui tient dans la paume
est-ce la fin d’un rituel
qui éblouit les feuilles
ce n’est pas le désert
avec ses chimères
juste un pont que l’on pose
créons-nous le mystère
pour ne pas succomber
au néant de la soif recalée
tout semble dire
n’accomplis pas le geste
ne traverse pas
ta foi est le doute
elle va traverser le pont
soudain le poème
court dans tous les sens
pour effacer le pont
elle va traverser le pont
floraison mystique
le feu de ses joues
trahit sa retenue
elle va traverser le pont
son geste ébauche
la fragilité
contourner le désir
en consumer l’encens
mener la peau
à sa rosée
elle traverse
le pont éphémère
qui mène au souffle