Portraits de 4 personnes du Buffet littéraire (Isabelle Camarrieu)

Dominique Zinenberg

Du fond du glacier
Perce la pervenche d’une acuité pour la belle, la sentie
L’herbe douce des sentiers.

La révolte du coquelicot
Pose sa nervosité froissée en mots plein d’humanité.
Rouge contre l’injustice, elle flamboie

Au lever du regard, s’immisce
Bientôt en retour
La joie ! Douceur de joues
Affleurante vive,
Elle reprend sa lumière, fugitive.

François

Il n’y consent pas.
Au pot, potentat de « poème »
Il est trop pesant
Trop signifiant
Il n’y croit pas.
Le M en revanche, Oui
Ça lui dit pour dire
Dire c’est comme ça, qu’il écrit.
Et comment fait-il ?
Il parle comme d’un autre
Ou il parle à son double
On ne le sait pas
Il parle de peu
Du rien quotidien.
Un dialogue de qui ?
Dialogue de toits
Toi tu demeures là ?

Ou même d’émois…
Ou de presque rien.
C’est cela qu’il donne
Des tout petits peu …
Au fait, L’infini s’y noie,
Perspective curieuse
Esprit aux abois
Qui dit tout à tous
De nos petitesses
De nos rêves fous.
D’une ligne tendue
Vers l’espace noir
Encore et en fuite…

Incroyant médusé,
Il nous dit de lourdes vérités.

Francis

Il joue. Il jouxte. Il tourne autour, en détournant, dans un environnement mirobolant. Pour le faire
retomber sur ces pattes, il cuit les mots à l’eau bouillante d’un esprit en ébullition. Il tire les idées par les
cheveux, file la métaphore comme le gruyère dans sa marmite, il en fait des tonnantes pour nous épater.
Combien de temps lui prennent ces acrobaties de jeux de mots en assonance au thème du jour ? Exercices
risqués, à la limite de nous agacer, pour mieux nous harponner ! Tours de force au sens giratoire en
engrenage, où deux disques d’histoire la grande et d’anecdotes petites, s’épousent en un tiers sens, de fou
rire.

Danielle

Il y a la dolente
Assise au giron
En pleurs, en peur

Il y a l’enfant
Soumise à l’en dessous du seuil
Jamais sur le perron

Il y a la terreur
L’écrivaine
Aux mots en napperon
Mots
Privés de candeur

La brûlure
La souillure
L’ébouillantée
Et parfois
Échappée
Joliment épelée
L’accalmie
A demi, d’un seul mot
Saluée

De bleu et d’oiseaux (Mireille Diaz-Florian)

Ce fut un temps où le temps
S’ouvrait
Sur coquilles vides
Sur portes closes
Sur pesanteur de silence
Ce temps-là
De bleu et d’oiseaux
À regarder le ciel
Longtemps
Ce fut un temps où le temps
Glissait
Sur la surface du jour
Sur l’entaille de l’ombre
Sur la présence du vent
Ce temps-là
De bleu et d’oiseaux
À filer les nuages
Longtemps
Ce fut un temps où le temps
Me parlait
De neige piétinée
D’aubes glacées
De mort annoncée
Ce temps-là
De bleu et d’oiseaux
À écouter la nuit
Longtemps
Ce fut un temps où le temps
Estompait
La ligne d’horizon
Le bruit des lointains
Le vif du chagrin
Ce temps-là
De bleu et d’oiseaux
À guetter l’ange
Longtemps

Le bleu tous azimuts (Dominique Zinenberg)

Préambule du bleu
cerne pâle (fatigue)
avec territoire dans l’inachevé,
franges azur et haillons
les lapis lazuli, les topazes, les saphirs, les aigues marines
zénith aux pierres éblouissantes
le bleu en embuscade en eau turquoise : abandon abondance
le bleu si adorablement dans les yeux d’Hölderlin,
nuance de l’absolu qui déjà s’est
perdu
dans l’inachevé
la fièvre bleue du spleen est membrane qui vibre
Le mot bleu tient le monde en une syllabe, paumes ouvertes sur l’infini, en telle puissance
d’absolu, en tel tourbillon, quelque part vers l’inachevé,
dans le babil de l’enfant, le cri des bêtes,
l’univers s’ouvre bleu,
en préambule
c’est sa magie, sa féérie, sa fantaisie et son énigme,
le bleu n’a pas de fin,
l’inachevé n’est-il pas préambule ?

J’adore, et redoute tant, ce retour devant ma propre page, pourtant soignée comme un bleuet fragile, au prétexte d’une rareté estimée commune, mais trop vite surexposée aux regards aimés…je me sens alors pris comme un Bleu ratant la passe qui conduisait à l’essai vainqueur…Quel bleu de méthylène pourrait soulager ce bleu à l’âme ?

Tisser le bleu (François Minod)

…La lune rouge
Plissait
Des yeux
De chien bleu
Dans l’empyrée
… Je vous laisse
Imaginer
La suite
De l’histoire
Cosmique
… Les amas
De particules
Fines
Les pluies d’atome
… Et toujours
La même note
Bleue
Dans le silence
De la nuit

*

La note bleue
Une note
Notez bien
Une note
Une simple note
Una nota
Se dice
Nota bene
Just a note
Hay que saber
La nota
En la noche
In the night
Une note
Dans la nuit bleue
Blue note
C’est ça
… La note bleue
Dans la nuit bleue

*

Dans l’attente
Dans l’attente… je t’invente… mon bel amour

Tu as les yeux plissés
Marine
Et bleues, les vagues, là-bas, très loin, presqu’au bout
De la digue
Clapotent et s’usent sur la rambarde
Vieux bois mouillé, usé,
Ça brille un peu dans la nuit
Et ça va, et ça vient, et ça berce
Encore un peu, jutste un peu
Un suspens…
Une goutte s’évapore
Petit point de lumière
Gagné par la nuit
Ô ! mon amour

Sans titre (Catherine Bruneau)

Elle prépara donc une nouvelle toile qu’elle punaisa directement sur le
mur après avoir poussé la toile inachevée sur le côté. Dès que la couche
de peinture blanche fut sèche, elle s’appliqua à faire jaillir des gerbes de
couleur alternant le jaune vif et les bleus radieux, parfois striés de vert
tendre, par touches successives, dans un mouvement ascendant régulier
du bras droit, qui faisait danser la couleur sur le fond blanc. Une
chorégraphie sans complication, mais qui s’avérait efficace pour signifier
le jaillissement joyeux et simple de la vie, inspiré sans doute par un
champ de céréales sous un soleil d’été, mais le dépassant, tout aussi bien,
par son abstraction. Elle tenait le mouvement dans sa main et le
mouvement la tenait. C’était prodigieusement excitant de travailler ainsi,
sans l’entrave de la réflexion et de l’attente, en laissant advenir la
composition sous la seule poussée du geste qui s’imposait avec une
facilité déconcertante, à moins qu’il ne s’agisse d’une nécessité qui la
dépassait.

Éric Chassefière : 5 poèmes extraits du recueil inédit Penser l’infini

Il règne au matin un vent léger
agitant en tous sens les rameaux du pin
dont les longues fleurs imitent des mains
caressant de leurs fins doigts le bleu de la lisière
être assis là dans ce vent
c’est partager le rêve de l’arbre pensant le ciel
se laisser envelopper par la douceur de ce ciel
c’est sentir comme la main respire
comme la musique est celle du souffle
on regarde ces mains jouant sur le clavier du ciel
et c’est la musique du corps qu’on entend
la tendresse de l’instant au bout des doigts
c’est cette musique qui nous porte
tandis que le vent doucement effleure le temps

*
Le ciel peu à peu se fait plus bleu
l’arbre gagne en immobilité
le vol de l’oiseau suit la ligne du balcon
parfaitement nu et silencieux
peut-être que l’oiseau dessine la présence
que l’arbre qu’on habite de sa pensée
touche le ciel de sa crête délicate
peut-être que le ciel est plus proche que l’arbre
que l’oiseau se retire dans la courbe de son vol
que l’ombre n’en finit pas d’être le temps
on se laisse porter par le mystère des mots
même le fin marronnier calligraphiant le ciel pense
la douceur de l’instant est notre consolation
il faut écrire avec la voix de son silence
*
Sentir la lumière naitre d’un seul dessin
au feuillage de l’arbre qui cache l’horizon
voir le ciel se teinter de bleu
le mur lointain briller de l’éclat de la mer
descendre comme feuilles balançant au vent
ces blanches tourterelles comme tombées du ciel
dont l’aile légère vient battre la nuit de l’arbre
sentir comme le ciel descend sur la terre
comme la terre s’élève jusqu’au ciel
sentir comme au feuillage la lumière germe
comme s’illuminant la fleur se fait lumière
comme cet arbre aux mains de fleurs éclaire la pensée
laisser la pensée devenir feuillage
la lumière doucement venir toucher les mots
*
De longs nuages s’étirent dans le bleu

le pin brille de tous ses fruits
les oiseaux tracent chemin du corps
dans la tendre obscurité de l’espace
tout est silencieux tout rêve
la lumière posée en toute chose
toute chose reposant en elle-même
venir les mains caressées de musique
embrasser cette plénitude de la journée
porter au loin sa vie
au-delà de l’arbre des nuages
là-bas où sont des collines qu’on ne voit que le soir
tout au fond dans un creux du paysage
élevant leurs ailes bleues à la caresse du désir
*
La délicate modulation de la fauvette
est première lisière du silence
premier dessin de la voix au lit du ciel
la lune brille entre les fleurs du pin
bientôt on ne la verra plus
la fauvette ne chantera que pour le nuage
nu et solitaire dans le bleu naissant
bientôt de lentes mouettes feront arbre du ciel
élèveront la nuit du feuillage à sa transparence
la lune se sera cachée derrière l’arbre
sera devenue cœur vivant de la nuit
la tourterelle battra la mesure de l’écoute
il faudra se laisser glisser dans le matin
se souvenir que pénombre est caresse d’immobile

Compte-rendu du BL du 20 septembre 2023 (Bleu)

Bleu à l’âme (Jean Marie Villessot)

Bleu si bleu (Danielle  Marty)

Absence   Bleu (Catherine Jarrett)

À Nadine Lefebure   Ce cri du bleu

Azur et sang paru dans l’anthologie « L’Ukraine dans nos coeurs » Éd. Unicité (dir. Pablo Poblète)

Carnet bleu (Michel Cassir)

Sans titre (Françoise Bernard)

Bleu (Catherine Seghers)

Sans Titre (Danièle Corre)

Bleu (Christiane Rolin)

Exit le bleu du ciel (Nicole Goujon)

La maison bleue (FRANCIS B. D’AZAY)

Portraits de 4 personnes du Buffet littéraire (Isabelle Camarrieu)

De bleu et d’oiseaux (Mireille Diaz-Florian)

Le bleu tous azimuts (Dominique Zinenberg)

Tisser le bleu (François Minod)

Sans titre (Catherine Bruneau) 

Éric Chassefière : 5 poèmes extraits du recueil inédit Penser l’infini

Victor de l’Aveyron (Bernard Fournier)

   

Sans titre (Danièle Corre)

Le bleu accable,

le bleu anéantit,

on guette le plus petit nuage

cachant le trop gros soleil.

Où sont les écharpes de clarté

peintes en lettres translucides

qui jouaient entre pastel et outremer

dans l’infini des jours ?

Douces et légères,

elles étaient caresses,

elles étaient fanions de fête

aux faîtes de nos arbres,

elles étaient promesses

de chemins neufs

dans la vigueur du pas

et l’espièglerie du bleu.

L’oubli n’a pas tari

ce frais souvenir

du bleu qui pèse aujourd’hui

d’un poids de fin du monde,

fait fuir dans les terriers

les êtres épris de ciel.

Bleu (Catherine Seghers)

Toutes sortes de bleus nous entourent, nous tiennent par la main pour nous entraîner  vers un champ fleuri de bleuets. Mais là, très vite, l’envie de prendre le train bleu nous tente afin de pouvoir découvrir au bout du voyage les montagnes qui sont légèrement bleues. Celles-ci ont des chemins reposants et des pentes très douces. Aussitôt le désir de s’allonger sur leur flanc nous emporte, et bientôt l’ange du sommeil nous prend par la main pour nous emmener vers des mondes nouveaux où l’on entend des airs de musique  et aussi de grands silences doux et secrets. Ensuite la lune toute bleue viendra se poser sur nos épaules et les oiseaux sur nos joues. Et loin, beaucoup plus loin, nous irons ignorant où, car le bleu reste un grand mystère