L’Ablette et la Bête Francis B. d’Azay

Visiblement, le liftier n’est pas un perdreau de l’année. De plus, difforme et laid,  visage grêlé comme peau de crapaud, cheveux fauves et dents de mulet, il n’a vraiment rien pour lui. La seule chose qui prête à gentiment sourire, pour qui ose affronter de face l’aspect physique du triste sire, est d’en lire le nom épinglé sur son uniforme galonné. Mais qui s’attache au patronyme du liftier, quand seul son prénom amuse parce qu’il est biblique : Noé.

Voyant cet ours mal léché, on se demande si en 1989 les dirigeants du tout nouveau Centre d’affaires de la Défense s’égayèrent de son prénom prédestiné, pour accéder à la démarche de ce postulant aux airs de chien battu, en lui confiant les commandes d’un ascenseur de verre, quatrième embarcation du genre dans la Grande Arche.

Matinée habituelle. Dès l’ouverture Noé charge et débarque des gens, personnel de bureaux, hommes d’affaires, requins de tout poil et autres drôles de zèbres. Tels, celui sifflotant toujours comme un rossignol et Madame l’archéologue, la dame myope comme une taupe qui dirige les recherches sous le cinquième sous-sol.

Parmi toutes ces personnes désireuses d’élévation ou de descente abyssale, une inconnue à la plastique qui subjugua les occupants de l’ascenseur, y compris Noé, lorsqu’elle quitta le plancher des vaches pour monter à bord de la nef de cristal.

Portée par la vague entraînante des arrivants, plus haute qu’eux malgré sa tête baissée, elle n’avait d’yeux que pour son smartphone, ne cessant d’en épousseter l’écran avec ses doigts graciles, comme pour l’en décrotter de chiures de mouche.

Noé s’était alors dit : « Quelle superbe nana, bon sang ! On dirait la sosie brune d’Adriana Quarante-bœufs… »

Maintenant la belle apparition n’est plus que seule des passagers, à poursuivre l’ascension jusqu’à la terrasse. Par ce temps sec et glacial, une courageuse destination… Noé peut discrètement la lorgner, admirer en plein pied sa beauté puisqu’elle est désormais dégagée du voisinage qui en occultait tous les canons.

Oh là là ! Vraiment rien d’un thon ! De plus, la voyant serrer sous un bras une dizaine de magazines spécialistes du cinéma, le liftier estime qu’elle ne doit pas être une bécasse. De ces revues, il reconnaît les couvertures. Féru de ciné, il est abonné aux mêmes publications.

Vraiment cette fille a du chien… Sans être girafe, sur d’interminables jambes fuselées elle est toute harmonie, dotée de formes généreuses et cependant fine comme une ablette. Vêtue précocement d’un printanier tailleur pied de poule saumon et bleu paon, sa chevelure aile de corbeau est rassemblée en queue de cheval maintenue par un ruban tigré qui dégage son cou de cygne, avantageusement. Seule triche, mais sans exagération de longueur, des faux cils ourlent joliment ses paupières de biche.

Brusquement l’ascenseur s’arrête. Sans raison. Le tressautement obtient de la jeune femme qu’elle lève enfin les yeux et consente à regarder autour. Par-delà les parois de verre, elle baye un temps aux corneilles qui volent cent mètres plus bas, puis découvre le dos voûté du liftier qui active placidement le protocole à mettre en œuvre en cas d’incident. Une voix asexuée prend acte de son appel, l’engage à la patience… Se sentant examiné, jaugé, Noé perçoit dans son dos l’inquiétude qui commence à envahir sa passagère… Inquiète par la situation, ou par lui ?

Tout à l’heure, quand telle une carafe de verre leur ascenseur s’élevait, mine de rien un sale type en manteau poil de chameau avait effectué vers elle des tentatives de rapprochement. Quelques instants pendant lesquels Noé se surprit à être jaloux comme un pou.  Il se tourne et la regarde, attitude frêle d’un faon aux abois, embusqué dans le coin opposé de l’embarcation. Oui elle l’observe, le sonde avec des prunelles de lynx. Qu’elle est belle ! Noé devient rouge écrevisse, voudrait fuir par un trou de souris. Elle écarte ses lèvres carminées sur de magnifiques dents, perles d’huitre. Ébauche d’un sourire ? Veut-elle lui parler ? S’en retient-elle ?…

Pris par le doute, Noé reste muet comme une carpe.

Dans son immeuble, les colocataires l’appellent « le blaireau de l’entresol ». Leurs gosses se moquent de ses gros yeux de veau, de sa démarche en pingouin. Ils l’imaginent doté d’un caractère de cochon et avoir mauvaise haleine. Mais qu’en savent-ils, les fichus mômes de ses voisins ! Noé est un loup solitaire. Leur a-t-il seulement déjà parlé !… Avoir mangé de la vache enragée, avant de décrocher ce rémunérateur emploi de liftier à la Grande Arche, confère-t-il, à vie, une haleine de chacal ?… En réalité il est doux comme un agneau, aime son job et, pour hobby, a le cinéma. 

« Plus rien ne fonctionne, hein ?», semble l’interroger le regard de sa jolie passagère.

Une telle pesante situation oblige Noé à se jeter à l’eau :

« – Panne informatique. Un bug ! Nous voilà échoués entre 33 et 34ème… Et cet âne de système relais qui ne démarre pas ! Espérons que les techniciens n’attendront pas le déluge… » lui bredouille-t-il sans oser fixer son ravissant visage.

Le froid devient polaire dans la cabine de verre. Dire qu’il y faisait si chaud tout à l’heure, quand par trentaines ils y étaient serrés comme des sardines. De son sac en croco, elle déroule un boa fait de plumes d’autruche, s’en entortille le cou.

Plus rapide que l’ascenseur maintenant en carafe, une silencieuse panique s’élève et envahit la belle. Claustrophobe, la voilà tremblante, parcourue de tics nerveux. Les grandes détresses sont muettes mais Noé sent bien que la jeune femme est remontée comme un coucou. Son angoisse montante l’humanise, et donne, par contrecoup, de l’ascendant au liftier. D’une voix professionnelle, apaisante et assurée, il conseille : 

« – Ça peut redémarrer brutalement. Par prudence, asseyons-nous au sol, Mademoiselle… Gare au coup de bélier, si la cabine percute le plafond de l’Arche ! »

Alors toujours sans dire mot, bonne fille, elle partage ses revues de papier, et lui montre par gestes que chacun dans son coin doit les transformer en coussin afin de ne pas salir, elle, sa jupe de grand couturier, lui son pantalon d’amiral.

Noé remercie pour la délicate attention et retourne s’assoir près de ses portes, écoutilles et commandes de bord. Puis il s’enhardit, entrevoyant une possible planche de salut : 

« – Vous aussi, aimez le septième art, Mademoiselle ?… ».

Recroquevillée sur le sol de l’angle opposé, elle toussote rauque, tarde à répondre. Tarde vraiment. Noé se demande s’il rame pour rien, ou si elle a un chat dans le gosier… Quand elle se décide, c’est après multiples raclements et avec une épouvantable voix de crécerelle :

« – Oui, le cinéma me fait vivre… C’est mon turbin et croyez-moi, il est exceptionnel que je m’asseye dessus ! Je suis doublure pour mes pieds. Et pour mes jambes. Et mes fesses. Et mes bras, et ma tête… Alouette !… Il m’arrive d’être engagée pour de fugaces silhouettes. J’ai quand même tourné des longs métrages où ma voix effrayante a été doublée. À l’époque des films d’épouvante, j’aurais fait un carton !… Et vous Monsieur, vous aimez quel genre de cinéma ? »

L’ascenseur demeurant aussi stagnant qu’un navire échoué sur le Mont Ararat, ils font connaissance, apprécient avoir de similaires penchants. Elle fait l’impasse sur le physique de Noé, autant que lui ne prête plus l’oreille à l’atroce timbre de voix dont elle est affublée.

Cinq minutes plus tard, ils ont rapproché les deux moitiés du tas de journaux peu de temps désunis pour leur faire des coussins. Assis coude à coude, tous deux genoux relevés sous le menton, elle lui brame du « Noé ! » sans cesse, et en contrepartie, le convainc de l’appeler Annie.

En proie à la chair de poule, elle se serre davantage contre lui, raconte à brûle pourpoint pourquoi elle doubla Valérie Lemercier dans le film « l’Arche de Noé ».

De son sac, elle extirpe une plaque de chocolat Poulain, survivante de quatre autres déjà englouties.

Devançant la possible blague de son nouvel ami, les yeux rieurs elle imprime à sa bouche toutes les apparences d’un grand rire qui ne s’exprime que par une horrible criaillerie :

«  – Ah non, non ! Ce n’est pas moi qui ai doublé Amélie ! », puis elle fractionne la tablette et lui en tend la moitié. Il refuse, poli… Elle insiste :

« – Mais si ! Allez allez Noé ! J’ai déjà dépassé ma ration matinale… Ah, c’est que j’en croque tôt ! », approximation phonétique d’une confession qui les amène à digresser sur « la Belle et la Bête ».

Elle explique ensuite comment dans « Milou en mai » elle interpréta certaines scènes de la vedette. Et bien sûr, situation oblige, elle parle de « Ascenseur pour l’échafaud ». Moment où, en veine de confidences, Annie avoue être la petite-nièce du réalisateur des deux derniers films qu’ils viennent d’évoquer, son Tonton Louis aujourd’hui décédé, et dont elle porte le même nom.

Pour ne pas se prévaloir du lien familial qui pourrait indisposer des producteurs  rancuniers, dans le milieu, elle dit se faire appeler « Annie Valise ».

« – Oui Noé… Valise, comme une valise ! Tu vois, c’est le pseudo que j’ai trouvé pour ne pas trop m’écarter de mon vrai nom, Annie Malle… »   

Fantaisie au parc Nicole Goujon

Dieu que ça piaille ici !… Un groupe d’enfants, une dizaine peut-être, entre quatre et six ans jouent dans le parc. Ils s’agrippent, sautillent, crient et piaillent. Oui, ils piaillent, si bien qu’on s’attend à les voir s’envoler et planer au-dessus des arbres avec leurs capes multicolores et leurs casquettes en becs d’oiseaux.

Ils rejoindraient alors cet homme allongé sur un banc, toujours le même. Il sourit aux anges. Se sent pousser des ailes. Ses yeux ont accroché les étoiles et il monte très haut, voit le monde à l’envers. Il siffle comme un merle mais se prend pour un pigeon voyageur, lui qui ne voyage pas plus loin que le banc du parc.

L’entrée du bois ouvre un espace assez sombre, bruissant de mille sons, chants, chuchotements, appels, cris. Le bavardage de la forêt est difficile à comprendre. Qui parle ?… Suis-je interpelée ?… Que dois-je répondre ?… Tiens, c’est un chien qui s’en mêle. Il sort ses crocs, aboie longtemps, décrescendo, et le silence s’installe. Où sont les voix ?…

Sur le sentier, une sportive me croise, au pas de course. Svelte, féline, queue de cheval au vent, pull angora tigré, musculature puissante. Une femme-fauve qui se sauve ? Ce soir, peut-être, Cat-Woman gravira-t-elle la façade de l’Opéra ?

Au bord du lac, pour rire, un pêcheur m’assure que les poissons font pipi dans l’eau. Dans la nature comme dans leur bocal. Exactement comme nous ! Comment donc ? A la piscine c’est interdit ! J’ai lu sur les panneaux lumineux « Défense d’uriner ! ». Vous trouvez cela normal ?

Plus loin, une femme est allongée sur la berge. L’eau lui arrive à la ceinture. Elle semble avoir échoué là, lascive. Elle a surtout échoué à se dépouiller de sa queue d’écailles grises et visqueuses, et à sortir ses jambes de leur étui dont elle cherche désespérément la fermeture éclair. Et voilà qu’en un éclair, elle disparait. Encore une histoire sans queue ni tête…

Sur l’herbe verte, une danseuse s’entraîne, s’échauffe. Avec énergie, elle étire ses membres devant une grenouille qui fait la danseuse, puis, d’un bond, plonge dans le lac. Elle s’ébroue et s’assoie juste au centre d’un nénuphar. Position précise, prévisible. Chorégraphie parfaite ! On applaudit ! Mais… qui applaudit ? Qu’importe, j’applaudis moi aussi.

Et les éléphants du zoo tout proche réagissent à leur tour. Ils barrissent en mesure, à la fois dissonants et inquiétants. Et soudain, est-ce un rêve ?… je distingue Hannibal au regard de feu sur le dos du plus beau, du plus fort d’entre eux. Cette brute d’Hannibal, d’une cruauté inhumaine, plus dangereux, plus menaçant que ses pachydermes, ici, maintenant ! Hannibal, cet animal !… et je crie et je scande « Hannibal cet animal ! ».

Mais trop, c’est trop, je vais rentrer car… l’environnement du parc, pourtant si familier, me trouble et m’égare. L’incertain gagne du terrain. Les forces vitales procèdent à des échanges. Auparavant, la netteté de leurs frontières était rassurante : animal d’un côté, homme de l’autre, et le monde tournait rond ! Oui mais voilà, c’était sans compter la Fantaisie de la nature, la mienne, et celle de la Périchole d’Offenbach qui continue de chanter « Dieu que les hommes sont bêtes !».

Le destin animal Dominique Zinenberg

Seul

             ou bien en harde, en banc, en essaim, en meute, troupeaux, tribu, famille

Se nourrir : être prédateur ou proie

Se nourrir de feuillage, de mousse, plancton, herbes

Attendre, guetter, se tapir, bondir, avancer, galoper, s’élancer, s’envoler,

Fuir.

Aller quoi qu’il en coûte de l’avant, vers la vie, vers la mort

Être aux aguets, aux abois, en alerte

Fuir.

Frémir, tressaillir, prendre peur, oser.

Parader, roucouler, bramer, se surprendre, choisir, être choisi : accouplements, épousailles, renaissance.

Nourrir les nouveaux nés, leur apprendre l’instinct de vol, de nage, de marche, de débrouille.

L’instinct du cri, de l’appel, du ralliement, du geste-signal.

Et pour les chanceux le jeu éperdu qui élève !

S’abriter, gîter, hiberner, se fondre dans le paysage, disparaître en se terrant, en se serrant, se camoufler, être un stratège pour échapper aux menaces qui rôdent

Seul

          Ou bien en famille, en tribu, en troupeaux, en meute, en essaim, en banc, en harde

Voilà c’est l’animal, ce sont les animaux.

Mes chiens Danièle Corre

Un chien court encore

dans les rues,

affolé, éperdu,

des drames à sa traîne,

en quête de bras

qui le saisiront,

où il reconnaîtra,

où il hurlera

sa joie.

                                 Ces ombres qui nous peuplent

(éditions La feuille de thé, 2023)

On n’a pas enterré

Tous les grands chiens

au pied de l’arbre.

Certains jappent encore,

robe prise dans l’écorce,

déchirure de tendresse

voilant l’espace des jardins.

                                            Voix venues de la terre

(éditions Jacques Brémond, Prix des Jardins de Talcy, 2005)

Ma terre est l’espace

entre mes lieux de racines

Routes pistes voies

déroulent tapis de magie

paysages touchés des yeux

que ma faim

avale

A mes pieds s’endort

un grand chien-loup rassasié

Entailles dans le temps

que la hache d’enfance

un matin de rosée

sur les vitres

entama.

                                                                Obstinément l’enfance

(éditions Aspect, 2005)

Dans la grâce du printemps,

ivre de voix et de rumeurs,

tu fais halte en un jardin

aux pelouses régulières.

Tu laisses sans crainte

au portillon métallique

les grands chiens veilleurs

avec leurs mâchoires

qui croquent les angoisses

au squelette dur

comme oiseaux rapaces.

Tu tiens à distance les mers,

les déserts, les lieux de pilori,

de déflagration, de mise à mort.

Un jeune soleil sans mémoire

caresse ta peau.

                                 La nuit ne se tait pas

(éditions Tensing, 2013)

D’où viennent-ils tous ces chiens

qui jappent et bavent

issus de tant

de mes pages ?

Brusquement ils sont là.

A peine ai-je senti

leur passage.

Ils sont là

avec leur regard d’appel,

de connivence, d’apitoiement.

De quel continent englouti,

de quelle brocéliante forêt,

de quelle lointaine usine biscottière

sont-ils les messagers ?

Il faudra bien qu’un jour,

les yeux dans les yeux,

on s’explique.

Sans être, ils disent garder

la porte des chambres,

des multiples chambres

que le souvenir superpose

où j’ignorais leur présence.

Je reconnais maintenant

leur canine patience

sans accepter pourtant

leur poids de chair et de poils

et la patte qu’ils tendent.

Anima Michel Cassir

Chien ou chienne à la mâchoire projectile.

Pas un cabot dressé ni un voyou des grands chemins.

Mi-loup mi-aigle une rareté sauvage disqualifiée par la cinquième loi des obligations singulières.

Un quotient intellectuel du tonnerre voué à l’enfer intérieur.

Un chien qui a bouffé plusieurs Dante et ne s’en est jamais remis.

Un chien déglingué et fou à l’idée de nature qui n’inclut aucune jouissance excessive.

Juste le peu de plein air permis à un esprit sain.

Une sainteté inoculée depuis la pharmacie centrale de l’imaginaire !

Bestiaire Mireille Diaz-Florian

L’ombre s’est avancée

Je sais de la nuit l’approche

Vole la chauve-souris

Sur les arbres noirs

La brume écharpe diaphane

Toc toc le pivert

Derrière la fenêtre

Filtre le jour en taches bleues

Un chat roux ronronne

La forêt somnole

Les lianes enroulent leurs anneaux

Rire du tamanoir

La rue roule sa bosse

L’eau gargouille au caniveau

Croasse la corneille

Le moine chante et rit

Les cerisiers papillonnent

La grue blanche-neige

Terre-plein et terriers

Toute la terre est trouée

La taupe y voit gris

La rivière sourit

Entre les berges charnues

La truite bondit

La savane brûle

Le grand baobab s’endort

Rêve le lionceau

Sous l’Arbre de Vie

Eve ramasse une pomme

Serpent Serpentine

Mains     ou     La petite animale Catherine Jarrett

Casser la brume

Elle apparaît

échevelée

sous le fatras de lignes fines

et dans la densité

d’un appel     au possible

J’éprouve

en paume

la petite animale

Coeur tiède

gîte frissonne

Petite 

si petite soudain

dans ta main

C’est un marché 

C’est un matin

Elle 

détentrice de l’animale

de son coeur tiède au grain si fin

ose un regard

vers ton regard

Elle parle

S’anime

Elle parle vite

Elle répond

Bruit voix rires et pas

Et tu te dis

cette animale si petite

main minuscule dans la tienne

signifie     que

demain

peut-être

Tu crois au pouvoir de la main

De l’animale si petite

au coeur échoué dans ta paume

Mais demain n’est pas arrivé

Au marché tu n’es pas retournée

Depuis petite main a grandi

Depuis les continents s’y sont mis

la brume a fondu sur le cœur

sur l’animale si petite

les deux mains ont croulé dans l’oubli

(Sans titre)Agnès Adda

Allons, confondons leur langage

               et dispersons-les.

Je scrute tes phares de harfang.         
Leur jaune primaire

Ne cille de ta prochaine dévoration.

Ton corps même

D’un dieu de glace

À la blancheur d’absence

Brille

De la déréliction superbe de l’arctique.

Un jour

De l’empyrée

On l’entend descendre

Ton hululement effrayant.
Et dans toutes les régions de la terre

On se souvient de ton cri, de ton nom

Bubo

Βύας

Grand-Duc

Duco

Uhu

Uf

Houhou…

Cygne double Agnès Adda

Son cri, clameur de vie, dans l’ignorance du chant

Sa démarche, comme d’un pied bot, dans l’oubli du glissement,

Reniements de la grâce

Eternellement solitaire

Qui nous berce de son esseulement

Nous sanctifie de son mystère.

Ses palmes enfouies

L’âme des eaux calmes

Entre les écueils des reflets notre rame

Toute blancheur

Qui dissipe les apparences trompeuses.

Notre foi, notre espérance

Le gonfalon du col d’un cygne

Quand il sinue plus fort que le vent.