1

qu’as-tu retenu de ton passage

chez les dieux

tes aïeux 

du creux des forêts

au bout de ce chemin qui ne mène pas

ne mène plus

ce chemin où je ne passe plus

2

la borie a dansé

une seule volte

dans le ciel bleu diamant

la borie a passé

ses briques, ses pierres

sont retournées poussière

la borie

n’était que de passage

3

mes aïeux me font signe

me saluent

leurs mains, au loin

sans fin

s’agitent, me suivent du regard

me lancent des au- revoir

dans le lointain du temps

leurs ombres s’évanouissent dans la fumée

des décombres

s’effacent dans l’air

passent dans l’heure

4

leurs ombres demeurent sur la rive

tandis que passent

les eaux grasses de tant de pluies

les eaux rouges de tant de colère

les eaux sombres de tant de sang

de tant de morts

guettant quelque barque improbable

5

vieil homme,

je viens à ton passage

honorer ta mémoire

je me dresse devant toi

stèle, borne, menhir

monument votif

pierre miliaire

qui atteste l’empan de notre distance

entre nous passe

cet oc

de roc et de broussailles

langue insue

qui nous traverse

6

et voici le vieil oncle

passager fulgurant

dont il ne reste qu’une étincelle

dans l’ombre poussière

et vous, mères

pleureuses antiques

ombres noires et grises

éplorées

au passage des aïeux

vers le cimetière

7

adieu, adieu, tour de garde

arbre immobile

au front séculaire

adieu, ombre tutélaire

adieu, rires d’enfants

le long de la rivière

adieu, gabarres

frêles autant qu’aventureuses

adieu, vieil oncle

au sourire frais comme les eaux

je salue ton passage

le long de cette route

qu’ombragent les frondaisons

leurs ombres

me sourient au soleil

étroit passage

entre les rives où virent les vents

les rires de la rivière

où se faufilent les gabarres

8

que restera-t-il

de cet effluve du fleuve

de ce bruissement de l’arbre

de ce crissement de pneu

peut-être un peu d’oc

qui ne fait que passer

au fond de ma gorge

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