I

Elle cherche 

Le bouleau noir des rivières

L’onde qui fuira sous le pas 

La crevasse le gouffre tunnel

Sous le charivari du pic   la sente 

la traverse étouffée de joncs

Le passage 

*

II

Un fil  

           se tord meut arpente les cailloux sables lits d’alluvions

Un fil       Je le saisis 

                  Il échappe je le perds 

                                             l’aperçois  il ondule

                                             sous la terre se camoufle

Je m’allonge je chante  

au fil aux brises à la fleur qui caresse

Une aile deux ailes un coeur un trait 

Tout me guide m’attire

Le fil bat dans le ciel tangue gigue balance 

au gris de vent se fond   à la tige qui bruit  au tremblé des nuages 

C’est la corde trapèze d’araignées jouvencelles  

Il me frôle abandonne 

Tout   vraiment tout   pétale herbe écureuil  rose qui se défait 

rouge-queue ou mésange   sillon noir du blaireau 

cousu vent cousu main   visible ou invisible 

tout m’emporte me guide 

                                  vers toi   le différent 

Tout   est ce fil-passage 

                                  vers le ru du poème 

*

III

Bleue la pluie     Bleue la peur

Bleu d’avant l’inconnu les planètes les voies lactées 

Bleu d’avant le noir ou le rouge 

Bleu du possible   de l’impossible des tourbillons 

Bleu du parfait   du croire    du rire

Bleu l’oiseau   bleue son aile étirée sur le ciel

Oiseau-ciel et nuages   oiseau bleu de tes contes

Bleu d’enfance

Bleu précédant l’orage 

Car sous l’aile  le ventre  

                  des traces    plus sombres  

                  qui sillonnent les nues   qui lacèrent le bleu

J’entends la voix des traces    

                   leur voix mordante   drue 

Il y avait ce bleu      partout      et ce bleu devint blanc

Blanc ils disaient     du temps des miens 

des meurtrières   des épées   des tours du temps 

Blanc le chemin jusqu’à ce jour

ce jour de brume et de regard   vers ce qui fut étroite sente

Oui   ce jour     

              d’hui

Et les questions    

Qu’a-t-on changé?

Passage aigu dans la montagne de désordres terreurs prétentions certitudes 

Peuples perdus  

peuples quêtant ce passage toujours

vers     ne savent pas

              ne savent quoi

Passage perdu

Comme si rien 

jamais 

ne s’inscrivait

Comme si rien 

jamais 

ne progressait

Chemin de blanc d’usure 

Chemin de brume 

                      abandonné du bleu

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