Écoute plus souvent
Les choses que les êtres, La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau. Écoute dans le vent
Le buisson en sanglot : C’est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire Et dans l’ombre qui s’épaissit, Les morts ne sont pas sous la terre Ils sont dans l’arbre qui frémit, Ils sont dans le bois qui gémit, Ils sont dans l’eau qui coule, Ils sont dans la case,
Ils sont dans la foule Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres, La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau. Écoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C’est le souffle des ancêtres
Le souffle des ancêtres morts
Qui ne sont pas partis,
Qui ne sont pas sous terre,
Qui ne sont pas morts.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis,
Ils sont dans le sein de la femme,
Ils sont dans l’enfant qui vagit,
Et dans le tison qui s’enflamme.
Les morts ne sont pas sous la terre,
Ils sont dans le feu qui s’éteint, I
lls sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent, I
ls sont dans la forêt,
Ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres,
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau.
Écoute dans le vent Le buisson en sanglot :
C’est le souffle des ancêtres
Il redit chaque jour le pacte,
Le grand pacte qui lie,
Qui lie à la loi notre sort ;
Aux actes des souffles plus forts
Le sort de nos morts qui ne sont pas morts ;
Le lourd pacte qui nous lie à la vie,
La lourde loi qui nous lie aux actes
Des souffles qui se meurent.
Dans le lit et sur les rives du fleuve,
Des souffles qui se meuvent
Dans le rocher qui geint et dans l’herbe qui pleure.
Des souffles qui demeurent
Dans l’ombre qui s’éclaire ou s’épaissit,
Dans l’arbre qui frémit, dans le bois qui gémit,
Et dans l’eau qui coule et dans l’eau qui dort,
Des souffles plus forts, qui ont prise
Le souffle des morts qui ne sont pas morts,
Des morts qui ne sont pas partis,
Des morts qui ne sont plus sous terre.
Écoute plus souvent
Les choses que les êtres.
La voix du feu s’entend,
Entends la voix de l’eau
Ecoute dans le vent
Le buisson en sanglots
C’est le souffle des ancêtres
*Le souffle des ancêtres est un poème du recueil Leurres et lueurs, Éditions Présence africaine, 1960 présenté par François Minod au Buffet littéraire du 19 octobre