Prologue
Le bleu.
Eclairage presque irréel. Ciel d’un bleu léger et profond, transparent et dense.
On s’y plonge, s’y prélasse, s’y enveloppe.
Manteau virginal. Beauté pure et silencieuse.
Puis on tire le rideau.


Acte I.
L’anthracite.

Le bleu du ciel a disparu. Le tableau suivant signe le deuil de l’azur. Un voile de fumée
envahit la scène. Fumée qui ne cesse de s’épaissir, menaçante. Le ciel s’assombrit,
charbonneux. On n’y voit plus rien ! Le grand enfumage. Des langues de feu, telles des
furies, avalent le vert des prés et le calcinent. Terre de cendre désertée et brûlante.
Progressent des murs de flammes, chauffés à blanc, portes de l’enfer. Les arbres embrasés se convulsent. Les bois crépitent sous un soufflet de forge. Odeur de brûlé, de rôti, de cramé, de mort. Un suaire enveloppe la scène. On pressent l’imminence de l’apocalypse auquel on ne voulait croire.


Acte II.
Le gris-ferraille.

Des chevaux fous, aux chevelures de flammes, déboulent et déchirent l’opacité de la scène. Galop de poussière incandescente. Des félins errants et des singes hurleurs s’entredéchirent, griffes acérées, peur au ventre. Des rapaces atteignent des hauteurs vertigineuses et croisent des hélicoptères vibrionnants, impuissants, tels des jouets d’enfants. On voit de blanches carcasses carbonisées, des squelettes de bâtiments abandonnés, les mille bras des forêts implorants et calcinés. On pressent l’imminente dislocation de ce monde, et on ferme les yeux, et on se bouche les oreilles.


Acte III.
Le noir sépulcral.

Le rideau est tombé sur la panique indescriptible, le désarroi, les ténèbres. Le mal n’est pas compréhensible. Au cœur du ravage et de la désolation, obéissant à une mémoire ancienne, des hommes-taupes déploient une énergie aveugle, font des trous, s’enterrent. Ils creusent, creusent le sous-sol. Cherchent protection et fraîcheur. Jusqu’où iront-ils ? Jusqu’à quelle profondeur? S’ils s’enfoncent encore, ils rejoindront l’incendie qui bout au fond de la terre. Car la planète est un feu. Ils le savent. Alors ils percent leurs labyrinthes à l’horizontal, sous la surface, loin, le plus loin possible, jusqu’à ce que la chaleur redevienne supportable.

Epilogue.
Exit le bleu.

Espérant d’autres soleils, ils abandonnent leurs sous-terrains. Ils sortent à l’air. Leurs
poumons encrassés respirent difficilement. Peu à peu, ils relèvent la tête, mais leurs yeux
brûlés de survivants ne voient plus le bleu du ciel, ni la mésange qui boit dans une flaque, ni la lavande qui parfume le vent. On tire le rideau. On range tout. Demain, on rejouera… peut-être

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