Kéthévane Davrichewi est née à Paris dans une famille géorgienne, elle a écrit ce livre en puisant dans la mémoire familiale.

Dans son livre elle raconte la journée d’anniversaire de Tamouna, qui a 90 ans, c’est une ancienne exilée de Géorgie, handicapée, insuffisante respiratoire toujours prés de sa bouteille d’oxygène, clouée à son fauteuil roulant. Durant cette journée l’auteur va lui faire revivre des souvenirs effilochés de son passé ainsi que la préparation en famille avec ses deux enfants de la fête du soir. Dans ses souvenirs Tamouna repense à son amour d’adolescente pour Tamaz, à l’exil lors de l’arrivée des bolchevicks qui mit fin à cet amour naissant mais qui aussi l’immortalisa. Elle repense à la mort de son père exécuté par les bolchevicks, à son arrivée en France pas toujours facile beaucoup de pleurs mais aussi de la joie, des rires, des chants,  des moments de partage en famille et avec les autres exilés. Il n’y a pas de plaintes, pas de pathos. On passe du passé au présent dans un mouvement de bascule très naturel du « Je » pour le passé au « Elle » pour le présent. C’est un voyage très délicat à l’intérieur de la vie d’une femme qui est pourtant très pudique et qui dit peu d’elle.

Ce livre devrait être plein de regrets (perte de l’amour de sa vie, perte de son pays, perte de son père, perte de sa sœur) il est plein de plénitude.

Je vais vous lire un passage qui est en plus en relation avec le thème d’aujourd’hui : la lenteur.

Elle n’ouvre pas les albums de famille. Elle préfère rester assise sans rien faire, ses pensées l’occupant suffisamment. Dans ces moments-là, elle marche et court comme autrefois. Elle peut aller n’importe où, sa mémoire n’a pas de limite. Elle en savoure l’infini. À cet instant, elle ne pense à rien, elle fixe la fenêtre, la rambarde du balcon. Une abeille se pose sur une fleur. On est en avril, bientôt se sera l’été. Le parfum de Paris, l’atmosphère de la rue, changeront, les voix résonneront sur les trottoirs, les jours rallongeront. Ils partiront en vacances, elle sera seule en ville sous la protection de Mohamed. A force d’immobilité, elle est devenue perméable au moindre frémissement d’une feuille, au bourdonnement d’un insecte. Elle remarque des choses qu’elle n’aurait jamais notées auparavant. Un accent différent, une intonation de la voix. Elle peut déceler une pointe de souffrance ou un élan de gaieté…

Ses journées devraient se ressembler, ponctuées ainsi par les mêmes sons, la régularité de la vie extérieure. Ce n’est pas le cas. Les visites apportent avec elles un vent d’imprévu. Elle les guette avec impatience. L’été, les cartes postales. Certains prennent soin de les choisir. Leurs cartes ont un pouvoir d’évocation très fort. Plus que les photos. La surface de l’eau, l’horizon sur la mer, le champ de blé derrière la maison, ces lieux qui lui sont désormais interdits.

Il y a quelques années, Rézico (son fils) l’a emmenée en voiture revoir la mer, elle pressentait que ce serait la dernière foi. Elle commençait à respirer difficilement. Elle venait d’arrêter de fumer et ne pensait qu’à ses gauloises. Elle a marché sur la plage en songeant que ça aurait été un moment idéal pour une cigarette. Elle a peu profité de l’instant…. Pendant tout ce temps, elle rêvait obsessionnellement d’une gauloise, une de celles qui avaient fait d’elle une femme vêtue au milieu de gens dévêtus. Aujourd’hui, elle peut refaire inlassablement le trajet de la voiture à la plage. Respirer l’odeur du sable, du sel et des algues. Elle voit le soleil se coucher sur le champ. Elle pousse la porte de la maison de Batoumi…

Refaire les mêmes parcours, reprendre les mêmes allées aux mêmes heures du jour. Rien ne lui est impossible…

Cette femme sur son fauteuil, vouée à l’immobilité, à la lenteur physique, développe une vie sans regrets, sans limites dans ses pensées, dans ses ressentis.

Tamaz qu’elle a rencontré à plusieurs reprises de façon très fortuite et souvent de façon très brève s’est annoncé pour la fête de son anniversaire de ce soir. Ils sont restés amoureux, il est vieux, elle est vieille, viendra t-il ou non ? et s’il vient, que se passera t-il ?

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