Eveille-toi ! Réveille-toi ! ils disent.

Je les laisse dire. Ils sont sincères, c’est pour mon bien, paraît-il.

Il faudrait que je m’éveille…  Mais pour quoi faire ?

 

Moi, je préfère dormir.

C’est pas pour leur déplaire, j’aime pas trop déplaire, c’est fatigant.

Alors je dis « D’accord ». Sans conviction, sans faire semblant.

J’aime pas trop faire semblant, ça aussi c’est fatigant.

J’aime pas la fatigue, j’aime pas contrarier, alors je dis oui.

Oui, je vais m’éveiller. Mais je prends mon temps.

 

En vrai, je suis pas motivé. Même si j’aime bien faire plaisir.

Je voudrais m’éveiller sans effort, en douceur.

M’éveiller en continuant à dormir.

J’aime me reposer, j’adore dormir.

Mais ce n’est pas une pensée très présentable,

donc je ne la présente pas.

 

Quand même, j’y pense de temps en temps, entre deux rêves :

M’éveiller ou ne pas m’éveiller ?

Ça me donne aussitôt envie de dormir,

de laisser la place aux éveillés, sans moi.

Il me semble que je serais de trop.

J’aime pas trop être de trop.

 

Tout petit déjà, j’avais cette question-là :

Etre de trop, prendre trop de place.

Sauf quand je dormais.

Quand je dormais, on me trouvait bien gentil.

Puis on m’a reproché de n’être pas assez éveillé.

On m’a offert des jouets d’éveil, des jeux d’éveil…

C’était trop compliqué pour moi, je préférais dormir.

 

Un seul métier me faisait envie : dormeur professionnel.

Dormir pour les autres, ceux qui n’avaient pas assez de temps pour ça.

Rêver pour ceux qui n’avaient pas envie de rêver.

J’aurais dormi et rêvé pour eux, j’aurais été payé pour ça. Un rêve.

Hélas ce métier-là n’existait pas.

Alors j’ai dit que je voulais être poète,

ma façon de dire que je voulais être « dormeur », et « rêveur ».

 

L’idée n’a pas plu à mes parents, ni aux professeurs,

Alors je n’ai plus rien dit,

J’ai dormi.

Le plus que je pouvais, j’ai dormi.

J’étais doué, j’avais la vocation.

Mais on m’a blâmé.

Réveille-toi ! Eveille-toi !

 

Les jouets et les jeux d’éveil m’ennuyaient,

me donnaient envie de dormir

J’étais foutu pour la société, mais je m’en fichais.

Jusqu’à ce matin-là…

Un matin d’été.

La lumière m’a réveillé. Le soleil est venu caresser mon visage,

au beau milieu d’un rêve, délicieux.

Dans le rêve, il y avait une rivière, à l’eau très claire.

Une pelouse où il faisait bon dormir.

Soudain, de drôles de sons…

Des chants…

Des chants d’oiseau. Cui-cui-cui !!!

Un vrai récital, une beauté, un enchantement.

Je me suis éveillé, sur la pelouse imaginaire,

au bord de la rivière imaginaire.

 

J’ai jeté les jouets d’éveil. Jeté le réveil.

J’ai décidé d’être promeneur.

J’ai acheté des cahiers, des stylos de toutes les couleurs.

J’ai écouté les oiseaux, j’ai suivi la rivière imaginaire,

j’ai commencé à écrire.

 

Je rêve tout éveillé. Je rêve la nuit, le jour.

J’écris mes rêves, ceux des autres.

Les autres ont beaucoup de rêves. Je les écris. Du mieux que je peux.

Si je me trompe, si j’écris de travers, ce n’est pas si grave ;

Pas grave du tout.

 

Les oiseaux sont d’accord avec ça,

Alors ça va.

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