Je traîne au milieu du temps. Il est blanc, ne passe plus. Que les journées sont longues. Quand arrive déjà l’heure du goûter ? L’infirmière va bientôt passer avec les cachets. Ils n’ont pas de goût, parfois sont amères quand on les garde trop longtemps sur la langue. Ils coulent, tout au fond, là où ça fait mal. Ils endorment, on somnole, on est lourd. Le sommeil guette le marécage du cauchemar. Les images frappent aux tempes, concassent le crâne, je prends ma tête à deux mains, mais rien ne vient à bout de cette violence concave qui s’amasse. Un auteur voudrait l’écrire, il ne pourrait pas. Un gouffre vous absorbe toujours au plus profond du noir. Dissolution absolue dans cette redoutable tension, dans cette hermétique obscurité parfaitement masquée. La disparition a bien eu lieu, ici.

Les murs sont interminablement blancs. Rien ne s’écoule. On ne peut pas coller de photos. On ne peut pas écrire son nom. Nulle part, je ne peux poser mes trois lettres Lou. A l’hôpital, on m’appelle Malou comme « t’as mal où ? » J’aurais tant voulu qu’on me dise Ma Lou. Je l’accroche à mon cœur, là où pousse parfois un petit sourire, comme j’en avais quand j’étais petite. J’avais cette gaieté docile qui me dessinait un visage. Mais, qui le voyait … ? Qui me regarde aujourd’hui … ? Qui est là pour faire mon portrait … ?

 

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