Ah, oui… Où ai-je mis… Quoi… ? Ses arguments !! Pas grand chose à faire.  Au téléphone. Raccrocher. Non, je vais sourire. Enfin, feindre, de sourire. Ça va peut-être se clore bientôt – cette conversation… Alors, le stylo oui. Et le bloc ! Mince dans la cuisine. J’avance sur la pointe des pieds, je ne voudrais pas qu’il entende, sinon il va repartir de plus belle : tu m’écoutes ou tu fais autre chose ? Non, il faut que cet appel se termine- j’ai ce texte à préparer. Le groupe est toujours très attentif. Je ne peux pas le décevoir. Il va tenir encore combien de temps ? Entre ça et le reste : pas le moyen de se poser. Trouver un moment, elle est la mon attente. Elle ressemble à un créneau. Comment placer une activité dans la longue file de celles qui sont déjà toutes rangées le long du trottoir trop occupé de mon temps. Le groupe, oui, bien sûr ! Ne pas le décevoir… Venir sans rien ! Hors de question. Ça me fait trop plaisir de les voir sourire ou s’émouvoir, voire applaudir ! Bon alors ce bloc, ah oui, pas dans la cuisine ? Je l’ai vu où, la dernière fois : dans le sac à dos ! Je crois que c’est presque fini… là… Le téléphone. Longue cette conversation… et entre nous : oiseuse, perdue dans les susceptibilités narcissiques. Je ne sais pas vous- mais moi, j’ai souvent hâte d’y mette un terme. C’est tout l’opposé de l’attente. Quoique ! C’est la recherche de la paix. Du silence.  Du lisse relationnel : le point final… encore en suspend (dois-je vous désigner mon épaule coinçant encore l’appareil ? Et là à l’autre bout ça redémarre ! Nouveau jet émotionnel. Va falloir observer, zoomer, décortiquer, tout passer en revue, lui prendre le pouls, lui appliquer l’aide respiratoire pour qu’elle sorte de la suffocation, l’émotion. Ce n’est pas fini, c’est …reparti ! Bon, ça me distrait ; même pas eu le temps de jeter un seul mot sur cette belle feuille blanche. J’avais pensé hier à un début, c’était comment déjà ? Décrire toute cette longueur de l’attente – cette langueur, ce mouvement continu de projection en avant sans cesse brisé parce qu’il ne sait pas très bien quel but il vise. La flèche molle à la tête baladeuse. Donc pointe du stylo prête, j’y vais. J’essaie de me concentrer. Mais c’est vraiment compliqué d’être à la fois dans le dialogue, de vouloir le terminer sur une pointe d’accord, avec quelqu’un à l’autre bout qui ne pense pas du tout à la conclusion. Non il s’émeut, il s’engage, se scandalise. Le stylo toujours en l’air. Non là déjà je griffonne. Si je décroche trop de la conversation (et en même temps il ne me reste pas trop de temps jusqu’à ce soir pour ce satané texte) il va tout de suite le remarquer. C’est fatal : j’ai gribouillé. Tiens, pas mal ce dessin. Ça me fait penser à Dubuffet, son grand conseil c’était : « développer les gribouillis c’est un bon départ pour échapper à l’asphyxiante culture ». Un bon filon pour de l’art authentique. Bon entre les dessins et la conversation je ne vais rien avoir à leur lire. Il n’en finit pas là… Et moi aussi : on dirait que je le fais exprès : je dis un truc juste et paf ça repart. Ça m’apprendra : moins de sincérité. Et puis non, on ne se refait pas. Tiens, il y a un mot sur la feuille…. Je ne vous raconte pas le mot : tout d’une ado ! Et que je mâchonne mon stylo et il ne manquerait plus que je le calligraphie, avec par dessus le marché, des fleurs et des coeurs … Mon ado ? Revit l’engueulo avec sa mère. Ses muscles tremble entre terreur et colère. Tout ça pour un minuscule tatouage de rien tout en bas du dos : pas mal le petit lapin, vue arrière en pleine course, les oreilles au vent. Faire un scandale pour ça ! Trop c’est trop. L’ado, elle attend la li-ber-t é ! La pauvre, elle ne se doute pas que cette attente c’est de la fausse monnaie. RDV officiel avec les emmerdements – baptisés pompeusement « responsabilités ». C’est pas mal ça. Je pourrais m’en servir pour commencer mon papier. Ou peut-être que c’est d’un effet facile ? Je ne voudrais pas donner dans la facilité. Non, je veux que l’on ressente ma juste valeur. (Va leur dire !) J’ai des attentes de reconnaissance comme tout le monde ! Je ne suis pas si détachée de la situation. Parler de mes ambitions au lieu de glisser sur le ruban sans frottement des heures creuses en mal de conclusion, ça ne va pas faire littéraire. Poétique non plus ! La question est : quelle réputation m’attends. Deux alternatives, non pas comme dans les films américains : « les prédateurs et le gibier » ; non, non le partage du public est plus simple. Eux et moi. Très déséquilibré au point des forces en présence. Eux, je les imagine là affalés sur la canapé l’air goguenard en écoutant le texte que je vais finir par écrire, une assiette entre les mains ou raidis sur un tabouret, un peu engoncés et moi. Et moi et moi, émoi ! Comme chantait le playboy au cigare. Moi au milieu de vous – en public comme si j’étais vous, à devoir juger de mon texte.  Un dispositif miroitant de gueuloir, en sorte. Ah, ben tiens lui au téléphone, il a fini de s’égosiller. Ouf, c’était pénible…

Et j’ai une de ces soifs après cette causerie. Mais, il y a encore plus pressant comme envie. Je pouvais encore danser d’un pied sur l’autre, mais le bruit de l’eau : je ne pouvais pas. …… ah, ça va mieux. Plus détendue. Faut être un peu malade pour se laisser attendre comme ça. Je me demande à quoi je pense parfois !

Je vais enfin commencer ce texte. Allez pas de chichi. Après tout ce temps, l’inspiration démarre aussi sec. Et bientôt : la première phrase…

 

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